Le contre-sens est un outil inefficace.

Suscite-t-on plus facilement le désir lorsqu’on est affublé d’un nom aussi imprononçable que RAZR ? Suffit-il de dire qu’on est désirable pour le devenir ? Comme ça, en attendant le bus, Motorola nous assène pourtant : « Le désir est un sentiment puissant. »

Derrière la vacuité du concept ici avancé, j’ai irrésistiblement envie de redonner  aux mots leur véritable sens, sens qu’une malheureuse traduction du slogan du nouveau Motorola RAZR a peut-être tout simplement escamoté.

Monsieur Motorola, je ne sais pas si votre femme nous écoute, mais, je vous le dis solennellement : le désir n’est pas un sentiment. On peut désirer sans aimer vraiment et aimer encore à 80 ans en ayant cessé de désirer. Le désir est très exactement, définition à l’appui,  une  « tendance qui porte à vouloir obtenir un objet connu ou imaginé/une tendance consciente et suscitée par quelqu’un aux plaisirs sexuels ». On n’est pas encore dans l’affectif, on est dans l’attraction. Une relation peut commencer par une grande bouffée de désir, ça n’en fait pas immédiatement une grande histoire sentimentale. Ne mélangeons pas les strings et les mouchoirs… et les malentendus seront évités.

Certes, les résultats d’une étude révélée à la conférence internationale Mobile Web Africa de Johannesburg nous indiquaient récemment que « nous » regardons en moyenne notre mobile 150 fois par jour… On pourrait en conclure que, pour une partie croissante de la population, cet engin lisse et vibrant est devenu un sex-toy virtuel autant qu’un vrai doudou communiquant.

Certes, à l’heure où on kiffe et puis point barre, qu’est-ce qu’on en a à faire de la différence entre le désir et le sentiment ?

Eh bien justement, à force d’utiliser les mots n’importe comment, on finit par appauvrir notre réservoir à concepts, par oublier les nuances, par penser que tout se vaut. Monsieur Motorala, je ne mange pas de ce téléphone-là.

MÉSIR, n. masc.

Demandez à un enfant de 5 ans ce que le Père Noël pourrait lui apporter pour lui faire vraiment plaisir… Lorsqu’il vous répond, ses yeux brillent de désir vrai, de rêves faramineux portés par l’allégresse sans nuage de l’enfance. C’est beau. C’est l’âge du désir simple. C’est plutôt chez l’adulte que nous rencontrons le mésir. Le mésir, c’est un peu la mésaventure du désir.

Un type de mésir parmi d’autres : le désir qui rend malheureux. Vous croyez que votre vœu le plus cher, c’est de sauter en parachute. Vous prenez des cours, vous sautez, vous vous ratez, vous êtes malade à chaque fois. Vous en faites de cauchemars.

Autre type de mésir : le désir-prétexte en latence permanente. La personne répète depuis 23 ans que son vœu le plus cher, c’est de jouer du piano… tout en trouvant toujours une bonne raison de ne pas s’inscrire aux cours !

Quel que soit le type de mésir dont on est atteint, il faut se poser la bonne question : « est-ce que mon désir ne serait pas plutôt un mésir, c’est-à-dire un faux désir que je me suis inventé et que mon inconscient rejette de façon insidieuse ? ». N’oublions pas que d’infernales pressions sociales, amicales, familiales et mercatiques s’exercent sur nous en permanence. Comment être sûr que nos désirs sont bien les nôtres ?

Demandez à un adulte écrasé d’orgueilleuses responsabilités, de contraintes assumées et de désillusions à peine digérées… demandez-lui quel  est son vœu le plus cher. Ses yeux partent à la dérive, à la recherche de de brillant à dire, quelque chose d’original, de valorisant, d’intelligent ! Mais heureusement, il est toujours temps de refaire sa lettre au Père Noël : mettez le temps qu’il faudra pour l’écrire et consacrez le reste du temps à obtenir ce que vous désirez vraiment. On ne va tout de même pas perdre un temps précieux avec tous ces mésirs, ces faux désirs à qui il ne manque qu’un « non » !

On promet un beau futur à Usbek & Rica.

Où peut-on s’interroger sur l’avenir de la sorcellerie ou de la téléportation ? Envisager sans rire la fin possible de l’ère du LOL permanent propulsée par la génération des « digitale natives » ? Ouvrir les yeux sur l’intérêt des monnaies complémentaires à la rescousse du capitalisme… tout en découvrant un vrai billet de 10 usbeks à aller échanger fièrement contre des livres à la Gaité Lyrique ?

Pas de symposium à l’autre bout du monde… foncez simplement chez votre kiosquier chéri pour demander Usbek & Rica, le « magazine qui explore le futur », sorti le 26 janvier. Articulez bien car tout le monde ne se rappelle pas comme ça aussitôt des deux personnages des Lettres Persanes de ce cher Montesquieu auxquels le magazine trimestriel fait référence dans son titre. Un nom de baptême bien heureusement humaniste pour une démarche qui l’est tout autant : interroger les tendances et progrès technologiques pour voir s’ils correspondent à des progrès humains.

Voilà le viatique qu’il nous faut dans cette période troublée où certains voient une profonde mutation là où d’autres déplorent simplement une crise majeure. Dès la couverture d’Usbek & Rica, ça démarre fort avec ce nouveau-né dont le toupet est remplacé par la mèche d’une bombe prête à exploser… : « NO FUTURE Nous faisons de moins en moins d’enfants. A ce rythme, l’humanité pourrait disparaître. » Voilà qui me titille les neurones à l’heure où chacun y va de son couplet sur la surpopulation de notre bout de terre…  Un dossier édifiant nous attend sur notre possible extinction… vers 2400.

Au présent, comme au futur, une chose est sûre : on ne voit pas le temps passer à la lecture de ce nouveau numéro. C’est brillant de bout en bout. Ajoutez à cela une maquette aussi intelligente que séduisante, sans donner dans l’esbrouffe… et vous aurez du miel pour les méninges et la rétine.

Attendre le 26 avril jusqu’au prochaine numéro va-t-il être possible ? Je n’ai plus qu’à commander mon chronopropulseur sur futur.com pour me retrouver d’un battement de cil à la fin du mois d’avril. Lorsque vous aurez vous aussi mis le nez dans votre Usbek & Rica, n’hésitez pas à me donner votre avis…

Linki-linki > le site du magazine Usbek & Rica

>en savoir plus sur les Lettres Persanes de Montesquieu

>l’expo « 2062 » à la Gaité Lyrique de Paris, dont Usbek & Rica est partenaire

Le futur sonne toujours trois fois.

Je me suis abonnée il y a quelque temps (oui chers blogueurs et scribouillards de tous poils, il n’y a pas de s à quelque dans ce cas-là, car en France, on préfère le temps singulier aux temps obscurs…). Donc, je me suis abonnée il y a quelque temps à la e-newsletter de soon soon soon, site de détection de tendances qui scrute les micro-faits sociaux, commerciaux ou technologiques pour dénicher ce qui fera que le futur sera un jour transformé en présent. Avec une fantaisie qui me ravit, soon soon soon donne un ton finement décalé et réjouissant à cette veille pas comme les autres, où se dessinent sans doute nos prochains styles de vie. C’est bien sûr collaboratif dans l’âme, car on peut même devenir à son tour « éclaireur » et transmettre à soon soon soon des innovations ou tendances observées par nos soins. Tiens, justement, en parlant de participatif et d’intelligence collective, allez découvrir le dossier du moment sur de drôles d’expériences de crowdsourcing… Eh oui, d’ici peu, à force de prendre part à tout, on va finir par avoir tout vu , tout fait, tout vécu… par petits bouts.

Linki-linki> et hop, dans le futur avec soon soon soon

Candidographe (n.masc. ou fém.)

Plus le monde est complexe, plus on veut nous faire croire qu’il est simple… Pourtant, il vous suffit d’ouvrir avec une impatience enfantine le mode d’emploi de votre dernière tondeuse qui fait aussi grille-pain pour vous apercevoir que la recherche de la bonne pratique peut vite devenir une quête du Graal… et que le manque de simplicité fait encore quotidiennement des ravages. Le problème avec les modes d’emploi incompréhensibles (restons polis je vous prie, et ce en toutes circonstances…), c’est qu’ils sont sûrement conçus ou remaniés par des ingénieurs, aveuglés par l’amour qu’ils portent à leur dernière création. A moins qu’il s’agisse d’une procédure d’intimidation pour nous en mettre plein les neurones et nous prouver à quel point la chose fraîchement acquise a été conçue par des gens vachement plus intelligents que nous.

Face à autant d’incompréhension mutuelle, comment donc prendre le recul nécessaire à la mise au point d’un opus clair et limpide, sorte de bréviaire accessible au premier idiot moyen ? Il est temps de développer un nouveau métier : celui de candidographe. Ce travailleur du texte est en effet amené à « traduire », en candide total, les guides d’utilisation rendus incompréhensibles par je ne sais quel zèle technico-pédant. Au début de son travail, le candidographe reçoit le mode d’emploi des mains de l’ingénieur et s’entretient avec lui quelque temps. Il pose aussitôt les bonnes questions que se posera le consommateur lambda et va ainsi pouvoir partir des besoins de l’utilisateur final. Pour entretenir innocence et  humilité, les candidographes travaillent obligatoirement en binôme : l’un relit toujours en candide le mode d’emploi rédigé par l’autre…. et c’est le test ultime ! Décidément, notre candidographe est le passeur technique des temps modernes. Merci à Voltaire et vive le progrès mieux compris par tous.

Les accords sont censés nous rapprocher.

Rappel de l'accord de l'adjectif épithète : le masculin l'emporte.

Je ne suis pas du genre à ergoter sur le beau parler et l’orthographe françaises, mais depuis peu j’ai une dent contre un Abbé Bouhours. Moi, bonne fille, j’étais prête à croire que, dans notre langue de Molière, le masculin l’avait emporté depuis toujours, sans complexe… et sans raison. Quelle naïveté ! Voilà qu’au hasard de mes saines lectures, je découvre que jusqu’à la fin du XVIIème siècle, une autre règle était en fait couramment admise : la règle de proximité ! Comme en latin et en grec ancien, l’adjectif épithète qui se rapportait à plusieurs noms de genre différent s’accordait avec le mot le plus proche dans la phrase. A l’heure où se crée l’Académie Française, elle est encore très présente cette règle de proximité qui sonne mieux à l’oreille. Même notre Racine national déclame dans Athalie (1691) : « Surtout, j’ai cru devoir aux larmes, aux prières, consacrer ces trois jours et ces trois nuits entières. ». Mais déjà l’emprise phallocratique grandit dans un pays et une cour dominées par le Roi Soleil. En 1675, l’Abbé Bonhours agite déjà  la langue et la plume pour nous dire « Lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte. » Pourquoi diable n’a-t-il pas plutôt pratiqué l’abstinence grammaticale ? Un  grammairien phallocrate complète en 1767 : «Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle. » Oui, vous avez bien lu…toute une époque ! Que les pécheresses tentatrices restent où elles sont : sous le mâle. Et les moutons de la grammaire seront bien gardés.

Aujourd’hui encore, les symboles sont lourds et les esprits marqués subrepticement par des règles qui résonnent comme des vérités absolues. Il est temps de faire bouger les lignes et de se mettre au niveau du cousin canadien dont l’Office Québécois de la Langue Française accepte clairement la cohabitation des deux règles. Solennellement, je vous le dis : je réintroduis la règle de proximité. La proximité, c’est tellement plus convivial que le diktat et la domination absolues.

Nota : Il ne vous reste plus qu’à retrouver les quatre accords « nouvelle vague » glissés dans ce texte…

 Linki-linki >Lire avec un intérêt et une passion non dissimulées l’article de Anne Chemin paru dans Le Monde du 14 janvier 2012, « Genre, le désaccord ». Et de 5.


Au fait, ça coûte combien (vraiment) de téléphoner ?

En l’an de grâce 2012, le 10 janvier à 8 h 30 très exactement, Xavier Niel se présentait comme le prophète de la téléphonie mobile illimitée. Les masses laborieuses tendaient leurs visages hébétés vers la lumière pour entendre qu’elles allaient enfin cesser de se faire plumer par quelques opérateurs qui s’étaient odieusement mis d’accord sur les prix. Bavarder sans compter pour 19,99 euros par mois, tout en envoyant des mails et en surfant à qui mieux mieux sur son smartphone… c’était enfin la liberté qu’offrait le Grand Free.
Alors, nous fûmes plongés au cœur d’un suspense insoutenable : comment allaient réagir ceux qu’on accusait de se remplir les poches indûment avec nos factures de mobiles ? Allaient-ils s’aligner en baissant les yeux piteusement ? Allaient-ils ajouter un nouveau service encore plus fort pour maintenir le prix de leur forfait ? Allaient-ils… ?

Au-delà de la réponse à la question « Dois-je changer pour Free ? » à laquelle je me garderais bien de répondre à votre place, une question d’ordre économique m’est apparue : « De quoi parle-t-on en fait quand on parle de prix juste pour un forfait mobile ? Quel est le coût réel et qu’est-ce qu’on me fait payer ? » Louer de la bande passante, développer ou pas les infrastructures, entretenir ou pas un réseau d’agences, délocaliser ou pas le service-client… tout cela se retrouve au final ou pas dans ce que le consommateur paie. Quand je paie 50 euros au lieu 20, qu’est-ce que je paie en plus ou pas ? Dans quelle poche ça va exactement ? Si vous avez trouvé des articles qui analysent vraiment les coûts et les marges des opérateurs, je suis preneuse.

Je ne peux m’empêcher d’élargir cette question à la tournure que prennent les interrogations de plus en plus de citoyens sur le prix juste, le prix équitable, le prix qui va mieux dans un monde qui tourne mal… sur l’impact inévitable de la consommation à court terme sur le socio-politique à long terme.

Dans ce débat qui enfle, les entreprises qui réussiront à prendre le tournant de la transparence marketing auront trouvé une force de plus et une voie de fidélisation nouvelle. Une proportion croissante de consom’acteurs va être prête à payer le vrai prix si elle sait exactement  pourquoi et si ça a du sens…  Parallèlement, cette frange de moins en moins négligeable va de plus en plus rapidement éviter des achats qui vont dans le sens contraire. Une démarche facilitée par l’amplification de l’information, de la curation et du buzz permanent… car tout finit par se savoir de plus en plus vite. Free Mobile est là pour le glorifier : sa campagne de lancement historique s’est d’abord montée essentiellement sur le buzz sans recourir à la création de supports média traditionnels… Pour les marketeux qui espéraient encore que nous n’avions pas tout à fait changé d’époque, la messe est dite.

Linki-linki ! > article de “Que Choisir” sur les offres passées au peigne fin…

Perfect Beauty


Illustration originale de Alex Formika – Tous droits réservés

Saviez-vous que notre visage à tous est asymétrique ? Un montage photo vous montrera sans peine que la partie gauche n’est pas tout à fait identique à la partie droite ! Sans cette « imperfection», l’expression de notre faciès ne serait pas la même… au point d’être légèrement inquiétante.

Entre nous et en toute franchise, vivre dans un laboratoire aseptisé ou découvrir avec horreur que votre mari est aussi irréprochable qu’un cybernaute, c’est le cauchemar assuré. Les perfectionnistes sont aussi et surtout des malheureux chroniques : leurs progrès ne leur apparaissent que comme des demi-échecs et la vie n’est jamais assez belle pour eux. On serait tellement plus tranquille s’ils comprenaient enfin que leur quête est vaine et leur idéal peu souhaitable. Que cette ride, là au coin de l’œil, leur va à ravir et que cette maison à colombages pas droite du tout, c’est justement celle qu’on préfère. Alors, de grâce, arrêtez de dire à vos enfants qu’il faut que ce soit parfait ! Rappelez-leur simplement que s’ils ont la sensation de faire tout ce qu’ils peuvent, ils feront toujours tout ce qu’ils doivent. Ils ne deviendront pas des perfectionnistes compulsifs mais des « optimiseurs » lucides. Ils progresseront en leur âme et conscience, jugés par eux-mêmes, sans se ronger les ongles au fil d’une quête du Graal éreintante. Il parait que Napoléon aurait dit : « Si la perfection n’était pas chimérique, elle n’aurait pas tant de succès.» Alors, si la perfection est comme un horizon, ne soyons pas dupes. Tout comme l’horizon, on ne l’atteint jamais vraiment… on la garde en ligne de mire.

Le site du livre « C’était mieux demain« 

Mon parapluie durable

Oui, je lis sous la pluie...

Un coup de tempête digne de Mary Poppins, une jardinière qui vous tombe dessus en pleine averse, une baston dans un square avec comme seule arme une ombrelle… Le parapluie a la vie dure et subit parfois une pluie d’avaries. Jusqu’à maintenant, j’en avais fait une consommation assez importante : oubliés dans le train, décomposés de la baleine, déstructurés du fermoir… je les abandonnais au hasard de mon insouciance. Un cercle vicieux qui m’avait parfois incitée à investir le moins possible dans cet accessoire éphémère.

J’avais pourtant craqué pour un article de la marque française Vaux, tout à fait étonnant, avec un tissu « papier journal », très pratique pour lire sous la pluie. Il a malheureusement eu un coup de barrière de parking malencontreux (mésaventure difficile à expliquer sans faire un schéma…) qui endommagea jusqu’à son fermoir.

Heureusement, ma vie a changé lorsque j’ai croisé sur la toile le site de Laurence Debas : www.reparapluie.com.
Mais c’est bien sûr : « faire réparer », c’est le frère jumeau de « recycler  ». Au lieu de faire venir un pliant Made in China qui ne passera pas la mousson, je lui ai envoyé le mien à Ussac, en Corrèze. Un petit devis par mail, un grand oui en retour, un petit chèque par la poste et je retrouve mon ombrelle… avec la satisfaction d’avoir œuvré pour l’artisanat local.

Vous aussi, sauvez vos parapluies amochés : avant de les jeter, envoyez-les à leur infirmière préférée…

Derien Dutout

 

Illustration originale de Alex FormikaTous droits réservés

Nous venons au monde nus comme des vers et sans même avoir pensé à emporter une brosse à dents : quelle insouciante imprévoyance. Un peu de lait et la chaleur de notre mère… notre entrée en scène ne tient qu’à un fil. C’est après que ça se gâte. Petit à petit, notre espace vital demande toujours à être rempli. Rempli de quoi ? De cadeaux d’enfants sages qui amorcent notre machine à désirs, de preuves d’affection du cher et tendre, de signes de réussite… Il faut bien que notre action soit tangible, que notre trace soit brillante, que notre personnalité soit révélée. Petits poucets que nous sommes, tous ces objets sont peut-être comme les petits cailloux que nous semons pour ne pas nous perdre. Jetés dans la vie sans qu’on n’ait rien demandé, destinés à repartir les mains vides, nous faisons joyeusement diversion en multipliant les possessions. « Dis-moi ce que tu achètes et je te dirai qui tu es ». Lorsque j’achète des tomates bio ou un canapé Chesterfield, j’achète bien plus que cela. J’achète ce qui fait sens pour moi, car mes goûts et mes priorités ne sont pas celles de tout le monde mais les miennes.

Je vous vois feindre le détachement lucide et le pragmatisme éclairé, mais la publicité est pourtant là pour vous vendre du sens sans en avoir l’air, alors que vous pensiez simplement acheter un objet avec un prix. Ce week-end, grand vide-grenier : regardons autour de nous tout ce que nous possédons et tout ce qui nous possède : trions, jaugeons et retrouvons ce sens caché.

Le site du livre « C’était mieux demain »

Le Meilleur des Mondes est à nos portes, si, si.

Google Démocratie

C’est ballot : on a la tête dans le guidon et la dette sur le dos… et pendant ce temps-là, l’humanité est peut-être à un carrefour de sa destinée.

Pour prendre de l’avance, je viens juste de terminer le roman d’anticipation « Google Démocratie », qui nous plonge dans un futur à un battement de cil d’ici : 2018. Google est devenue la « world company » absolue. Les lois bioéthiques ont provoqué indirectement la quasi-faillite de la vieille Europe, face à une vague transhumaniste qui a par contre boosté la croissance des Etats-Unis et de la Chine, bien moins regardantes sur la bio-éthique. Transhumanisme  ? Oui, un courant scientifique déjà en vogue aujourd’hui… et qui dans le livre réussit la fusion aboutie de la biologie, de la génétique et de l’informatique pour rendre l’immortalité enfin possible, autant que l’eugénisme parfait de la programmation génétique des bébés. Dans «  Google Démocratie », Google est sur le point de poser une ultime pierre à l’édifice glorieux de ce Meilleur des Mondes : l’I.A., l’intelligence artificielle absolue, aboutissement de ce qui n’était au départ qu’un sympathique moteur de recherche. Après avoir vampirisé tout le savoir humain et s’être imprégné de ses aspects sensibles, l’I.A. peut veiller enfin au bonheur de l’humanité tout entière en prenant les bonnes décisions à sa place…

Alors bien entendu, de puissants « conservateurs » ne l’entendent pas de cette oreille et veulent stopper la vague du cyber-délire… Le techno-thriller peut commencer.

A l’heure où notre douce France se complait encore gentiment dans l’obsession du vieux clivage droite/gauche, « le roman Google Démocratie  » pose les bonnes questions à l’échelle de la planète… comme si le vrai clivage allait se trouver bientôt entre les « techno-jusqu’au-boutistes  » et les « humanistes forcenés ». Deux clans qui vont se battre pour redéfinir l’essence du bonheur et les limites de l’être humain.

Les deux auteurs, qui ne bricolent pas dans leur garage, savent un peu de quoi ils parlent : le premier est un médecin, expert des nouvelles technologies médicales ; l’autre est un journaliste passionné par la loi de Moore en informatique (NDLR : celle qui fait doubler la puissance des ordinateurs tous les 18 mois, un truc de ouf !). A moins qu’ils soient financés par un moteur de recherche concurrent (Bing de Microsoft par exemple) pour noircir le portrait du saint Google.

Enfin, bref, si vous êtes déjà un peu flippé par l’avenir qu’on ne lit pas dans les cartes de tarot, cette saine lecture ne va pas vous arranger le rictus de crainte… c’est vous qui voyez. Moi je me dis qu’avec le slogan de Google qui nous siffle à l’oreille « Don’t be evil »… on aurait plutôt toutes les raisons de se méfier d’un trop-plein d’angélisme.

Linki-Linki >Un article d’un journaliste de Libé pour en savoir plus

>Et hop chez amazon direct

Les boudins aussi peuvent philosopher…

La sérendipité est un plaisir cérébral essentiel et un émerveillement permanent. C’est en m’y adonnant que je suis tombée sur le site de LA PHILOSOPHIE CHARCUTIERE… Mon goût pour la philo étant assez prononcé, je m’en suis fait une tranche. Cela sent fort le “brand content” de la filière porcine avec un album de BD que je vais tenter de me procurer au rayon rillettes. A moins que les deux auteurs soient des accros de la rosette totalement désintéressés. Je vous livre ici ma contribution au concours “Gagnez la BD” : “La meilleure façon de faire du pâté de tête est-elle de philosopher de la cervelle ?”. A vous de vous la creuser aussi pour participer…

Pénélope, si tu savais…

De sites de rencontres en réseaux sociaux, camper derrière l’écran n’a jamais autant donné envie de fréquenter ses congénères. Dans le domaine de la fesse, l’Internet nous a habitués à des trucs pas très clairs. Mais là, j’ai du lourd en termes d’usage, de quoi relancer les débats de fond sur le terrain de la morale. Les sites pour célibataires, c’est d’une candeur qui frise la pudibonderie, je vous le dis. Non, ce qui est hype, c’est de se mettre en couple… pour avoir le plaisir de se tromper. En tout cas, c’est le fond de commerce d’un site qui cible exclusivement les concupiscents en mal d’aventures extra-conjugales. Le paradis de l’adultère, totalement assumé. Je vous laisse savourer la campagne (un vrai bonheur de concepteur-rédacteur) :

Mais bon, vous êtes vieux jeu et totalement amoureux ? C’est une tare qui peut encore toucher certaines personnes… et l’amour, vous voulez le sauver, alors vous avez déclaré la guerre à ceux qui mettent les papattes où il faut pas. Dans ce cas, il vous reste un truc numérique encore plus à la pointe de la souris, très « la Stasi est de retour » : le site « révèle les cocus ». Si vous surprenez la femme du patron avec le chaud-lapin de chez Canon sur la photocopieuse, vous déposez votre dénonciation sur le site. Votre anonymat sera sauvegardé (bein oui, sinon vous iriez tout cafeter en face hein) et le (ou la) cocu(e) recevra juste un magnifique SMS du site… avec les détails que vous aurez cru bon de joindre à votre dénonciation. C’est quand même autre chose que de passer le dimanche à découper Ouest-France pour faire une pauv’ lettre à Nonim.

Alors, elle est pas belle la vie… de couple moderne ?

Linki-Linki :

>un article des Inrocks sur le site pro-adultère

>un article du blog Big Browser sur le site “révèle les cocus”

INFORMITOSE (n.fém.)

C’est bien connu : savoir, c’est pouvoir. Si vous n’avez pas les bonnes informations au bon moment, vous serez à côté de la plaque, vous agirez à côté, vous perdrez bien des longueurs sur vos concurrents potentiels, c’est-à-dire tous les êtres humains ici-bas. Savoir avant, savoir comment, savoir mieux. La bataille fait rage dans tous les réseaux de toutes sortes pour dénicher la donnée qui fera toute la différence. Vous avez bien sûr rangé les arbalètes et la poix, car il vous suffit d’un ordi, d’une tablette ou d’un smartphone pour rester hyperconnecté et tout savoir tout le temps. Blogs, quotidiens, mails, rapports de 57 pages en PDF, flux RSS, tweets 24 h sur 24… : vous êtes rongé par l’informitose, une maladie sans antidote connue. La surabondance des données que vous devez traiter chaque jour pour en sortir du sens engorge vos circuits relationnels et neuronaux. Vous devez vous informer en flux continu certes, mais vous devez aussi assurer dans la vie non-numérique, pleine de lenteurs et de lourdeurs (aller chercher le pain et entre 2 mails dire à votre femme que vous l’aimez). Vous devez lire, répondre, transmettre, trier, faire le lien et en plus vous devez aussi penser par vous-même. Vous avez décidé de militer pour la journée bi-bande de 48 heures : votre double numérique pourrait ainsi faire le tri à votre place et vous laisser buller dans le jacuzzi sans fil à la patte. Face à la diarrhée de données, à la coulée d’infos permanentes venant de sources plus ou moins contrôlées, face à la logorrhée mondiale absolue et entretenue, vous êtes sans cesse au bord du vomissement. Pourtant, cette informitose mal soignée peut nous conduire à une telle paralysie, qu’on finirait par être tenté de laisser les Autres décider à notre place.

Cela ne va guère vous rassurer, mais la seule chose qui vaille face à l’informitose, c’est une grosse dose d’esprit critique pour effectuer un tri drastique en amont… Et puis, vous serez peut-être plus heureux sans tout savoir, car de toute façon, on nous cache l’essentiel, c’est bien connu.