Le contre-sens est un outil inefficace.

Suscite-t-on plus facilement le désir lorsqu’on est affublé d’un nom aussi imprononçable que RAZR ? Suffit-il de dire qu’on est désirable pour le devenir ? Comme ça, en attendant le bus, Motorola nous assène pourtant : « Le désir est un sentiment puissant. »

Derrière la vacuité du concept ici avancé, j’ai irrésistiblement envie de redonner  aux mots leur véritable sens, sens qu’une malheureuse traduction du slogan du nouveau Motorola RAZR a peut-être tout simplement escamoté.

Monsieur Motorola, je ne sais pas si votre femme nous écoute, mais, je vous le dis solennellement : le désir n’est pas un sentiment. On peut désirer sans aimer vraiment et aimer encore à 80 ans en ayant cessé de désirer. Le désir est très exactement, définition à l’appui,  une  « tendance qui porte à vouloir obtenir un objet connu ou imaginé/une tendance consciente et suscitée par quelqu’un aux plaisirs sexuels ». On n’est pas encore dans l’affectif, on est dans l’attraction. Une relation peut commencer par une grande bouffée de désir, ça n’en fait pas immédiatement une grande histoire sentimentale. Ne mélangeons pas les strings et les mouchoirs… et les malentendus seront évités.

Certes, les résultats d’une étude révélée à la conférence internationale Mobile Web Africa de Johannesburg nous indiquaient récemment que « nous » regardons en moyenne notre mobile 150 fois par jour… On pourrait en conclure que, pour une partie croissante de la population, cet engin lisse et vibrant est devenu un sex-toy virtuel autant qu’un vrai doudou communiquant.

Certes, à l’heure où on kiffe et puis point barre, qu’est-ce qu’on en a à faire de la différence entre le désir et le sentiment ?

Eh bien justement, à force d’utiliser les mots n’importe comment, on finit par appauvrir notre réservoir à concepts, par oublier les nuances, par penser que tout se vaut. Monsieur Motorala, je ne mange pas de ce téléphone-là.

MÉSIR, n. masc.

Demandez à un enfant de 5 ans ce que le Père Noël pourrait lui apporter pour lui faire vraiment plaisir… Lorsqu’il vous répond, ses yeux brillent de désir vrai, de rêves faramineux portés par l’allégresse sans nuage de l’enfance. C’est beau. C’est l’âge du désir simple. C’est plutôt chez l’adulte que nous rencontrons le mésir. Le mésir, c’est un peu la mésaventure du désir.

Un type de mésir parmi d’autres : le désir qui rend malheureux. Vous croyez que votre vœu le plus cher, c’est de sauter en parachute. Vous prenez des cours, vous sautez, vous vous ratez, vous êtes malade à chaque fois. Vous en faites de cauchemars.

Autre type de mésir : le désir-prétexte en latence permanente. La personne répète depuis 23 ans que son vœu le plus cher, c’est de jouer du piano… tout en trouvant toujours une bonne raison de ne pas s’inscrire aux cours !

Quel que soit le type de mésir dont on est atteint, il faut se poser la bonne question : « est-ce que mon désir ne serait pas plutôt un mésir, c’est-à-dire un faux désir que je me suis inventé et que mon inconscient rejette de façon insidieuse ? ». N’oublions pas que d’infernales pressions sociales, amicales, familiales et mercatiques s’exercent sur nous en permanence. Comment être sûr que nos désirs sont bien les nôtres ?

Demandez à un adulte écrasé d’orgueilleuses responsabilités, de contraintes assumées et de désillusions à peine digérées… demandez-lui quel  est son vœu le plus cher. Ses yeux partent à la dérive, à la recherche de de brillant à dire, quelque chose d’original, de valorisant, d’intelligent ! Mais heureusement, il est toujours temps de refaire sa lettre au Père Noël : mettez le temps qu’il faudra pour l’écrire et consacrez le reste du temps à obtenir ce que vous désirez vraiment. On ne va tout de même pas perdre un temps précieux avec tous ces mésirs, ces faux désirs à qui il ne manque qu’un « non » !

On promet un beau futur à Usbek & Rica.

Où peut-on s’interroger sur l’avenir de la sorcellerie ou de la téléportation ? Envisager sans rire la fin possible de l’ère du LOL permanent propulsée par la génération des « digitale natives » ? Ouvrir les yeux sur l’intérêt des monnaies complémentaires à la rescousse du capitalisme… tout en découvrant un vrai billet de 10 usbeks à aller échanger fièrement contre des livres à la Gaité Lyrique ?

Pas de symposium à l’autre bout du monde… foncez simplement chez votre kiosquier chéri pour demander Usbek & Rica, le « magazine qui explore le futur », sorti le 26 janvier. Articulez bien car tout le monde ne se rappelle pas comme ça aussitôt des deux personnages des Lettres Persanes de ce cher Montesquieu auxquels le magazine trimestriel fait référence dans son titre. Un nom de baptême bien heureusement humaniste pour une démarche qui l’est tout autant : interroger les tendances et progrès technologiques pour voir s’ils correspondent à des progrès humains.

Voilà le viatique qu’il nous faut dans cette période troublée où certains voient une profonde mutation là où d’autres déplorent simplement une crise majeure. Dès la couverture d’Usbek & Rica, ça démarre fort avec ce nouveau-né dont le toupet est remplacé par la mèche d’une bombe prête à exploser… : « NO FUTURE Nous faisons de moins en moins d’enfants. A ce rythme, l’humanité pourrait disparaître. » Voilà qui me titille les neurones à l’heure où chacun y va de son couplet sur la surpopulation de notre bout de terre…  Un dossier édifiant nous attend sur notre possible extinction… vers 2400.

Au présent, comme au futur, une chose est sûre : on ne voit pas le temps passer à la lecture de ce nouveau numéro. C’est brillant de bout en bout. Ajoutez à cela une maquette aussi intelligente que séduisante, sans donner dans l’esbrouffe… et vous aurez du miel pour les méninges et la rétine.

Attendre le 26 avril jusqu’au prochaine numéro va-t-il être possible ? Je n’ai plus qu’à commander mon chronopropulseur sur futur.com pour me retrouver d’un battement de cil à la fin du mois d’avril. Lorsque vous aurez vous aussi mis le nez dans votre Usbek & Rica, n’hésitez pas à me donner votre avis…

Linki-linki > le site du magazine Usbek & Rica

>en savoir plus sur les Lettres Persanes de Montesquieu

>l’expo « 2062 » à la Gaité Lyrique de Paris, dont Usbek & Rica est partenaire

Le futur sonne toujours trois fois.

Je me suis abonnée il y a quelque temps (oui chers blogueurs et scribouillards de tous poils, il n’y a pas de s à quelque dans ce cas-là, car en France, on préfère le temps singulier aux temps obscurs…). Donc, je me suis abonnée il y a quelque temps à la e-newsletter de soon soon soon, site de détection de tendances qui scrute les micro-faits sociaux, commerciaux ou technologiques pour dénicher ce qui fera que le futur sera un jour transformé en présent. Avec une fantaisie qui me ravit, soon soon soon donne un ton finement décalé et réjouissant à cette veille pas comme les autres, où se dessinent sans doute nos prochains styles de vie. C’est bien sûr collaboratif dans l’âme, car on peut même devenir à son tour « éclaireur » et transmettre à soon soon soon des innovations ou tendances observées par nos soins. Tiens, justement, en parlant de participatif et d’intelligence collective, allez découvrir le dossier du moment sur de drôles d’expériences de crowdsourcing… Eh oui, d’ici peu, à force de prendre part à tout, on va finir par avoir tout vu , tout fait, tout vécu… par petits bouts.

Linki-linki> et hop, dans le futur avec soon soon soon

Candidographe (n.masc. ou fém.)

Plus le monde est complexe, plus on veut nous faire croire qu’il est simple… Pourtant, il vous suffit d’ouvrir avec une impatience enfantine le mode d’emploi de votre dernière tondeuse qui fait aussi grille-pain pour vous apercevoir que la recherche de la bonne pratique peut vite devenir une quête du Graal… et que le manque de simplicité fait encore quotidiennement des ravages. Le problème avec les modes d’emploi incompréhensibles (restons polis je vous prie, et ce en toutes circonstances…), c’est qu’ils sont sûrement conçus ou remaniés par des ingénieurs, aveuglés par l’amour qu’ils portent à leur dernière création. A moins qu’il s’agisse d’une procédure d’intimidation pour nous en mettre plein les neurones et nous prouver à quel point la chose fraîchement acquise a été conçue par des gens vachement plus intelligents que nous.

Face à autant d’incompréhension mutuelle, comment donc prendre le recul nécessaire à la mise au point d’un opus clair et limpide, sorte de bréviaire accessible au premier idiot moyen ? Il est temps de développer un nouveau métier : celui de candidographe. Ce travailleur du texte est en effet amené à « traduire », en candide total, les guides d’utilisation rendus incompréhensibles par je ne sais quel zèle technico-pédant. Au début de son travail, le candidographe reçoit le mode d’emploi des mains de l’ingénieur et s’entretient avec lui quelque temps. Il pose aussitôt les bonnes questions que se posera le consommateur lambda et va ainsi pouvoir partir des besoins de l’utilisateur final. Pour entretenir innocence et  humilité, les candidographes travaillent obligatoirement en binôme : l’un relit toujours en candide le mode d’emploi rédigé par l’autre…. et c’est le test ultime ! Décidément, notre candidographe est le passeur technique des temps modernes. Merci à Voltaire et vive le progrès mieux compris par tous.