« Le Magasin des Suicides » : trop mortel

Vous avez fait le plein de Valium ? Et vous avez décidé de voter noir aux prochaines élections… parce que voter blanc, c’est décidément trop joyeux ? C’est vrai que l’avenir est franchement incertain et l’horizon pas seulement bouché par le dioxyde de carbone. Mais croyez-moi, rien n’est jamais perdu. On peut rire jaune en broyant du noir et finalement voir du rose là où on ne l’attendait plus. C’est exactement ce qui se passe avec le livre de Jean Teulé que je viens de dévorer : « Le Magasin des Suicides » (paru en 2007, disponible chez Pocket). C’est une pépite burlesque qui nous plonge au cœur d’un improbable commerce de proximité pour mieux nous tirer de notre déprime.

Imaginez un futur où décidément l’humanité touche le fond. Dans ce monde, n’en déplaise à Claude Allègre, la couche d’ozone s’est fait la malle sur une autre planète ; les pluies acides arrosent le quotidien et les défenestrés suicidaires animent constamment les façades des immeubles. Nous faisons la connaissance d’une espèce de famille Adams qui tient avec un zèle aussi pessimiste que surréaliste une boutique où on trouve absolument tout ce qu’il faut pour en finir.  L’officine roule sur l’or en vendant depuis des générations des cordes à se passer autour du cou, des breuvages ultimes qui vous envoient au ciel direct ou des pommes au cyanure… quand on est fan d’informatique. Chaque membre de la famille, du père au dernier rejeton, porte le prénom d’un suicidé célèbre : Mishima pour le père, Lucrèce pour la mère, Vincent pour le fils aîné, Marilyn pour l’ado et Alan pour le petit dernier. Alan, c’est en hommage au mathématicien britannique Alan Turing, un des pères de l’informatique, qui dirigea le décryptage du système de codage Enigma des nazis… et se donna la mort avec une pomme au cyanure,  façon Blanche-Neige.

Dans le livre, tout irait pour le mieux dans le pire des mondes si ce petit Alan ne désespérait pas ses parents avec son sourire béat, sa joie de vivre insultante et sa manie de voir tout en positif. Une vraie graine de délinquant. Je ne vous ferai pas le mauvais tour de vous narrer comment tout ça va finir… Je  vous conseille  de lire tout simplement cette fable réjouissante. Elle nous rappelle que tout ce qui compte, c’est bien sûr le regard que nous portons sur le monde, notre vie et notre entourage. Pour nous, de la naissance à la mort, ce monde se résume surtout à ce que nous pensons qu’il est. Tout est perception…

En super bonus, rien de tel qu’un bref exposé par un grand gourou de l’optimisme : Philippe Gabilliet, professeur à l’ESCP Europe…

Message personnel : « D’ailleurs Guillaume, si tu m’entends, tu devais me prêter son livre majeur à Philippe Gabilliet : « Eloge de l’Optimisme »… en échange du « Trop Vite ! » de JL Servan-Schreiber que je t’ai passé. Je reste optimiste : si tu tombes dessus dans ta bibliothèque, tu vas peut-être y penser… »

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7 réflexions sur “« Le Magasin des Suicides » : trop mortel

  1. Erick dit :

    100% des lecteurs sont morts… de rire ! 🙂

  2. Clod dit :

    En réponse à Philippe Gabilliet, je ne voudrais pas être pessimiste, mais ça fait des années que je lis Alain et je suis toujours aussi pessimiste. Mais, je reste quand même optiste de m’en sortir un jour. Au fond je suis peut-être un optimiste qui s’ignore !

    • Comme le dit Alain : « Le pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté. » Mais si Alain ne marche pas sur toi, essaie peut-être le livre « Faites-vous-même votre malheur » de Paul Watzlawick dont on m’a dit beaucoup de bien (http://fr.wikipedia.org/wiki/Faites_vous-m%C3%AAme_votre_malheur). Moi qui suis un peu beaucoup mélancolique à mes heures, j’ai remarqué que pour renverser la tendance au pessimisme, il fallait se lancer et se faire violence (un peu comme pour aller à la piscine)… au bout d’un moment, le réflexe de voir le verre à moitié plein vient de plus en plus facilement. L’oeuvre de toute une vie, très cher ami !

  3. bernard le malabar dit :

    alors pour une fois, je peux ramener ma fraise et je confirme que ce livre est très drole : quel raffinement dans le suicide. On oublie direct le « Jeté sous le métro » ou « la tête dans la gazinère » qui sont d’un commun… 🙂

    • Tout à fait Bernard. Le problème, cependant, si on organise un concours du suicide le plus original… c’est que le lauréat risque fort de ne pas pouvoir monter sur scène pour remercier sa mère et toute l’équipe de tournage. Trop dommage.

      • bernard le malabar dit :

        oui mais non, si je puis dire : d’apres moi, dans suicide, il y a aussi tentative de suicide. Et là, tout devient possible : le merci a môman, le bisou à l’équipe de tournage, bref c’est faisable meme en chaise roulante ou avec la moitié du visage arraché 😉

      • Bernard, il n’est pas de notre ressort d’inciter les gens à rater leur suicide en beauté… ce n’était pas du tout le sujet de mon billet d’ailleurs. De toute façon, si on estime avoir rater son vie, on est tenu de réussir au moins son suicide, je te le rappelle…

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