Je vous fais un dessin ?

A l’heure où l’image animée occupe mobiles, tablettes et ordinateurs aussi largement et sans doute plus compulsivement que le vieil écran de télévision, la rétine pourrait-elle se lasser ? Elle fait du foie gras de pixels toute la journée… et pour en rajouter une couche, elle adore prendre des photos à tous les coins de rue pour les partager avec la planète sur Picpic&stagram ou Face de Bouc. Plus ou moins réalistes, plus ou moins retouchées, plus ou moins en 3D, plus ou moins allumées, plus ou moins léchées, avec ou sans filtre… la photo et sa copine la vidéo sont partout.

Et si c’était pour ça, que, dans notre paysage urbain, on revoyait fleurir en même temps des campagnes publicitaires dignes d’affichistes, avec… des dessins ! Du beau travail d’illustrateur, qui va du pictogramme signalétique de maestro au calligramme qui donne soif… histoire peut-être de se distinguer dans ce flot quotidien d’images photo-vidéo.

Balade où on trouve à boire et à manger :

salvetat affiche été 2014Salvetat nous la joue très frais et très ensoleillé à la fois, recentré sur la bouteille à la façon d’une réclame, avec en prime un travail de la typographie remarquable. L’œil pétille autant que cette boisson en croisant cette affiche.

campagne RICARD 2014L’eau c’est sympa, mais vous aviez une envie de pétanque pour dégommer de la cigale. Votre œil est intrigué par ces calligrammes à l’anis de la plus belle facture pour la marque RICARD. On voit étonnamment bien la marque dans ce fatras de lettres… qui pourrait orner un mur peint. Présence à l’esprit, force du code coloriel… et rebond ludique pour qui veut lire !

Tout cela vous a donné faim et vous croisez dans le hall de la gare de grands pictogrammes façon pochoir qui, comble de la simplicité et de l’impact, n’ont même pas besoin d’être signés McDonald’s pour être attribués au roi du BigMac et autres hamburgers controversés. Quand on en est là, le réflexe pavlovien peut-il remplacer n’importe quel argumentaire ?

campagne pictogrammes mcdonald'sLe propre de l’illustration publicitaire, mais aussi son défi permanent, c’est de provoquer un choc de nouveauté en imposant son style. Si prendre une trop bonne photo qui fait le buzz paraît à tort de plus en plus à la portée de tout le monde, réussir une illustration talentueuse, parlante et attachante relève encore de la « magie » et renouvelle l’émerveillement. Cela me fait tout à coup penser à l’expression « Il s’est illustré par… » qui veut justement souligner la singularité qui rend fameux. La racine latine illustris signifie « éclairé, mis en lumière ». Que la lumière éclaire aussi brillamment et pour longtemps le talent des illustrateurs…

Merci à @VeroniqueRoyne, vigie des médias et des tendances, qui m’a inspiré ce vrai billet lors d’une de nos discussions « face to face », dans une vraie rue.

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L’heure de vérité

Si je n'avais plus qu'une heure à vivre Roger-Pol Droit Odile JacobDans « Pas son genre », le dernier film de Lucas Belvaux, le personnage principal, Clément, professeur de philosophie « parisianocentrique » muté à Arras, rappelle à ses élèves qu’en plus d’être une corvée vouée au bachotage, son cours est surtout l’occasion de découvrir que tout dans la vie peut être sujet à réflexion philosophique. Pour penser par soi-même, coûte que coûte, malgré les poncifs confortables, la dictature des marques de l’adolescence et la paresse bienheureuse. Une nouvelle montre de marque au poignet d’un élève arrogant ? Clément rappelle que c’est l’occasion de ressentir que chaque seconde fauchée par la trotteuse ne reviendra pas… Un échange de vue dans une salle de classe de terminale qui se termine par le couperet cynique de la réplique de l’élève : « Oui ça donne l’heure aussi ! » Aucune chance qu’un tel élève se plonge, avec ou sans montre, dans le livre de Roger-Pol Droit « Si je n’avais plus qu’une heure à vivre ». Et pourtant, on peut s’octroyer cette heure de vérité à tout âge…

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