Ni vu, ni connu…

On surveille la grande porte et ça passe par une petite fenêtre.

On surveille la grande porte… et ça se faufile par une petite fenêtre.

L’été indien a fait tomber à l’eau votre envie d’hiberner dans une yourte. Vous avez donc sûrement entendu parler des étudiants de Hong-Kong qui manifestent pour réclamer de vraies élections démocratiques… avec des candidats qui ne seraient pas forcément choisis par le pouvoir en place. Nous autres, enfants gâtés de la démocratie post-Lumières, nous leur envoyons des bonnes ondes, pour nous rejoindre dans le camp des peuples libres à disposer d’eux-mêmes. En même temps, on devrait en profiter pour se souvenir que la démocratie, c’est comme l’amour, on n’a peut-être jamais fini de veiller à ce que ça dure. Je vous dis ça parce que je viens de finir une lecture très dérangeante…

Je suis tombée à la bibliothèque sur un dossier du très sérieux MONDE DIPLOMATIQUE de mai dernier qui nous alerte sur les tractations du Grand Marché Transatlantique. Un truc pas très net en catimini pour ne pas inquiéter les braves citoyens qui n’y connaissent rien. Une sorte de pieuvre avec plein de noms pour brouiller les pistes : TAFTA, GMT, TTCI, APT… Pour que les multinationales se placent enfin au-dessus des lois, ces accords de libre-échange et d’investissement sont gérés entre Bruxelles et Washington sans que les députés européens aient accès aux détails des négociations (ah bein pourquoi ?). Le plus inquiétant en effet, c’est que ces accords pourraient permettre à des sociétés qui s’estiment « empêchées » par les normes sociales, financières, sanitaires, culturelles ou environnementales d’un pays, de poursuivre cet État devant un tribunal privé d’arbitrage, hors de tout contrôle démocratique. Payer des millions de pénalités ou modifier sa législation, chaque pays endetté verra ce qu’il préfère… Les avocats d’affaires ont franchement les yeux qui brillent. Bien sûr, il en va avant tout de la relance de la divine croissance et de la sainte libéralisation du marché qui va créer tout plein d’emplois.

Ma carte bancaire dans une main et ma carte d’électeur dans l’autre, je m’interroge. Si je vote pour des lois qui seront méprisées par des tribunaux échappant à tout contrôle démocratique, à quoi ça sert ? Si des sociétés privées décrètent qu’elles sont désormais au-dessus des lois, dans quel autre monde vivent-elles… à part le nôtre ? Ces questions sont-elles vaguement politiciennes, ou l’air de rien de sacrés enjeux de civilisation ? On a mis à la porte la monarchie de droit divin en 1789, une monarchie de droit financier ne serait-elle pas en train de se glisser par un vasistas ? Dieu conférait un pouvoir sans limites au Roi et tout le monde a pensé pendant des siècles qu’il n’y avait pas d’alternative pour gagner sa place au paradis. La sainte carotte Croissance-Emploi aurait-elle repris le flambeau pour empêcher les citoyens de disposer de leur destin… au prétexte évident que décidément « there’s no alternative » ? Si vous êtes autre chose qu’un consommateur, je vous laisse vous documenter. Je vous prie enfin de m’excuser pour avoir un peu gâcher l’ambiance… mais en même temps, à l’approche d’Halloween, on aime toujours se faire peur.

Des liens qui libèrent ?

>le dossier du MONDE DIPLOMATIQUE

>l’impact possible sur la dérégulation financière par Finance Watch

 

 

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5 réflexions sur “Ni vu, ni connu…

  1. Céka dit :

    Après TAFTA, GMT, TTCI, APT, la prochains abréviation sur la liste est… SOS !!!

  2. Merci pour cette veille et ce décryptage. On ne peut pas toujours faire dans la légèreté, chère Anne, et franchement il n’y a rien de fun à jouer les Cassandre. Mais voilà : il faut bien faire le sale boulot pour que l’on n’entende pas un jour « nous ne savions pas ». Moi-même, je viens d’hésiter sur mon blog avant de publier « Brazil, c’est maintenant ». Il n’est d’ailleurs pas impossible que j’y laisse quelques lectrices au passage… Bref, bravo pour ce courage de publier du grave et alarmant : c’est l’époque qui veut ça. Oui, Brazil, c’est probablement maintenant.

    • « Brazil c’est maintenant », j’y vais de ce pas… Vous qui êtes si attaché à la défense des libertés, je crois qu’il y aurait quelque chose à faire aussi sur l’alibi de la « liberté », ce concept mis à toutes les sauces et parfois à des fins contraires, comme le prouve je crois le débat nécessaire sur les accords TAFTA. A tout bientôt.

  3. Oui, je regarde ça de plus près aussi de mon côté merci. Le brouillage des valeurs continue de plus belle, y compris sur la valeur liberté donc, alors que dans cette société du spectacle, « le vrai est un moment du faux », il ne faut point en douter. Les sophistes ont définitivement pris le pouvoir…

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