« Être Charlie », ça vient de loin…

 

De l'encre, du sang et des larmes. La contribution de l'illustrateur Clod (alias Alex Formika)

De l’encre, du sang et des larmes. La contribution de l’illustrateur Clod (alias Alex Formika)

Vous avez cru quoi ? Vous avez cru qu’on ne bougerait pas, fatigués par nos agapes au milieu d’enfants gâtés, repus de galettes des rois et avides de soldes frénétiques ? Vous avez cru qu’on avait juste enterré Voltaire, Emile Zola et Jean Moulin sous une belle coupole pour créer une énième attraction touristique ? Vous avez cru qu’on avait oublié les invasions barbares, les délires de l’Inquisition, la St Barthélémy, le couperet de la guillotine, le bruit des bottes pendant le couvre-feu, les chambres à gaz… (et ma liste est pleine de trous) ? Vous avez cru qu’on se foutait de la liberté d’expression parce qu’on n’a plus rien à dire ? Vous n’avez pas compris qu’après tous ces siècles à brandir des certitudes, nous n’avons trouvé que la liberté d’expression pour nous prémunir des abus de pouvoir. Si tout peut être dit, tout peut être dénoncé. C’est notre seul rempart contre le retour du totalitaire… C’est le contrat de la République laïque. Nous préférons les abus de libertés aux abus de pouvoir. C’est un choix et un combat sans fin, alors que nous sommes empêtrés dans nos contradictions et nos différentes conceptions de la liberté. Que les paradoxes sont notre quotidien à l’heure où des lois antiterroristes un brin liberticides sont mises en place pour protéger… nos libres démocraties. Que nous cultivons aussi bien la « flicophobie » de bon ton que le besoin de super-héros qui assurent notre sécurité. Que l’ultralibéralisme qui porte mal son nom et qui a la religion du chiffre peut finir par dévoyer cette fameuse Liberté éclairant le monde. Nous n’avons pas besoin d’être convaincus à 100 % par les prises de position d’un journal satirique pour lui laisser combattre les idéologies perfides, les intégrismes dangereux, comme les préjugés confortables des bien-pensants.

Vous avez cru qu’on pouvait prétendre au paradis les mains pleines de sang ? Nous, nous croyons que, même si le paradis existe, notre combat, c’est d’éviter de retourner en enfer ici-bas.

Les liens qui libèrent dans Courrier International :

> »Fini de rire » ou la résistance des dessinateurs de presse

>La parole de l’écrivain algérien Kamel Daoud « A nous de décider quel monde nous voulons »

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8 réflexions sur “« Être Charlie », ça vient de loin…

  1. véronique dit :

    Je ne réussis pas à poster de commentaire mais tu le dis si bien ce sursaut de révolte tellement réconfortant, tout de même Je t’embrasse

    Véronique

    >

    • Merci Véronique.J’avais envie de m’adresser comme ça aux auteurs de ces actes. Je ne sais pas pourquoi. Ni haine, ni oubli…mais tout à coup la conscience que nos valeurs restent toujours à défendre et nos contradictions à débattre.

  2. Françoise Arnaud Lafont dit :

    Incrédules, effrayés puis consternés, on se serre les uns contre les autres – comme les troupeaux apeurés – mais si vite l’oubli nous éloigne…
    Je vous embrasse fort
    Framboise

  3. Polina dit :

    J’adore ta chute, ton billet est à la fois bouleversant et réconfortant. Il m’a pris aux tripes, et calme justement cette crainte que tout cela ne serve à rien. Il ne tient qu’à nous d’y donner le juste sens…

    • Merci beaucoup Polina. Il y a bien d’autres combats essentiels à mener pour sauver la démocratie (je pense notamment aux accords transatlantiques TAFTA ou TTIP au niveau de l’Europe, qui risquent de nous déposséder un peu plus de notre destin, pour faire le jeu des intérêts financiers des groupes transnationaux)… oui il y a encore d’autres dangers, mais difficile de faire descendre dans la rue autant de gens pour s’y opposer tant qu’une vague émotionnelle gigantesque ne les y pousse. Pour l’instant, je vois que ce carnage a déclenché partout des débats de fond et des discussions salutaires…qui rendent encore plus insupportablse la démagogie et les postures politiques creuses.

  4. Quel billet superbe, tout en détermination, on dirait le digne texte d’un orateur inspiré dans notre bon vieil hémicycle. Jolie harangue, et oui, superbe chute en uppercut. Anne, ne vois-tu rien dans ta boule de cristal, toi qui sait si bien voyager dans le temps entre hier et demain ? Si seulement ce beau réveil pouvait accoucher d’un vrai éveil…

    • C’est vrai que la harangue n’est pas mon registre naturel… l’émotion sans doute 😉 Pour ce qui est de l’éveil, il va bien falloir qu’il suive le sursaut qu’on nous a vendu sur les couv des quotidiens…sinon ça s’appelle du somnambulisme. Ni haine, ni oubli. Ni déni, ni amalgame. Ni démagogie, ni délire de la peur sécuritaire. Penser les contradictions pour agir dans l’intérêt du pays plus que dans l’intérêt des partis, je ne sais pas si c’est à la portée de nos élites clientélistes…

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