Le Journal Impubliable est une perle.

Eliane Saliba Garillon Journal Impubliable de George Pearl arléaVoilà une lecture estivale que je voudrais vous faire partager… mais je vous arrête tout de suite : je n’ai pas lu ce livre au bord de la piscine avec un mojito et un paréo, pas plus que cachée dans un bosquet de buis… c’est donc un vrai fiasco pour le cliché aoutien. Tant mieux.

On parle beaucoup en ces temps obscurs des livres « feel good » qui auraient un effet plus certain que bien des anxiolytiques . Je n’arrive pas à le placer dans cette catégorie opportuniste, mais c’est un livre qui fait paradoxalement du bien… grâce à un personnage qui n’a justement rien d’un optimiste ! Il nous évite en tout cas le côté « sucrette positive » que je supporte de moins en moins.

Sur la couverture du deuxième roman de Eliane Saliba Garillon, je suis d’emblée bien accueillie par un de mes illustrateurs préférés. Voutch a en effet croqué, sans légende cette fois-ci, ce qui pourrait résumer le personnage principal : un sacré chardon à approcher avec prudence. Mais au-delà de la couverture de ce « Journal Impubliable de George Pearl » ?

George Pearl, architecte new-yorkais à la réussite exemplaire, a vendu son agence pour profiter d’une retraite bien méritée à Rome… loin de ses concitoyens. Riche, célibataire sans enfant et d’une lucidité positivement cynique, il est fier de son surnom plein de promesses : George Pearl Harbor. Libre de son temps et retiré des affaires, il se consacre chaque jour à l’écriture du journal intime dont nous sommes les bienheureux lecteurs. Il y raconte ses démêlés avec sa sœur pique-assiette, sa femme de ménage Benita qui veut le marier ou sa nièce ingrate… sans oublier les e-mails cocasses échangés avec le locataire mielleux de la maison familiale qui écrit une biographie du philosophe Henry David Thoreau, ce grand apôtre… du renoncement au monde. Toutes ces rencontres donnent lieu à un festival de répliques d’une causticité « pearlienne », à l’humour aussi cinglant que perspicace… et on finit par s’attacher à ce personnage qui n’a finalement de misanthrope que la note de « tête » comme pourraient le dire les parfumeurs. Derrière le premier sillage, on va découvrir une autre générosité. La surprise va également venir des visites impromptues et surnaturelles de Laurel : quelle est leur raison et vers quelle issue cet « émissaire » emmène-t-il notre George Pearl ? Je ne vous ferai pas l’affront d’en dire plus…

Cela se sirote plus qu’agréablement mais pas seulement : cela nous interroge constamment sur ce que nous appelons la franchise et l’hypocrisie, la misanthropie et la bienveillance, la bonté ou la gentillesse… George Pearl Harbor nous dit dans son journal : « Se montrer gentil est l’arme des pauvres. J’ai toujours préféré me montrer juste. C’est l’arme des rois. » Exagère-t-il quelque chose qui a son fond de vérité ? Merci en tout cas à Monsieur Pearl de n’avoir pas pu faire le nécessaire pour empêcher la publication de son sacré journal.

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9 réflexions sur “Le Journal Impubliable est une perle.

  1. Erick L dit :

    C’est forcément un bon livre. Un Voutch sur la couverture équivaut à une critique 3 T dans Télérama. : )

  2. Clod dit :

    C’est vrai quoi, y’en a marre d’être gentils ; soyons justes !

  3. Bon si on est gentil et riche ou pauvre et juste, c’est qu’on cherche vraiment le Prix Nobel de la Paix !

  4. Claudio dit :

    Commandé. Record battu entre lecture d’un article et commande d’un bouquin : environ une minute.
    Merci.

    • Voilà qui fait trembler sur l’impact de mon billet 😉 Tenez-moi au courant de vos impressions de lecture !

      • Claudio dit :

        Alors… exactement comme je l’ai imaginé à la lecture de ce billet. Un personnage comme je les aime.
        Il inverse fond et apparence. D’habitude, on cherche à se donner une bonne image, et, au fond, c’est plus souvent moins glorieux. Ici, c’est l’inverse, la mauvaise image sur scène, et, la « sainteté » (bon, je guillemets quand même) en coulisses. Il est « Le modeste », « L’auvergnat » et « Le pauvre Martin » de Brassens à la fois. C’est tellement plus noble !
        Du coup, mon ego est content; J’ai des excuses à toujours vouloir noircir mon image ; mais, je suis beaucoup moins vache en apparence, même si je n’en pense pas moins;
        Bref, un bon livre. Mais, j’ai regretté que ce Laurel soit dans la distribution. en tous cas, sous cette forme.
        Merci pour ce partage.

      • Merci Claudio d’être revenu pour donner votre sentiment après lecture. Je suis en tout cas rassurée que mon billet ne vous ait pas « enduit d’erreur », car c’est toujours très dérangeant comme décalage. Eternelle question en tout cas que cet autre décalage : celui entre notre personnalité véritable et l’image que nous souhaitons en donner pour coller à tel ou tel idéal… Qui sommes-nous sinon nos choix quotidiens de montrer telle ou telle qualité, fêlure ou conviction ?

  5. Polina dit :

    En tout cas, tu m’as donné envie de le lire ! Pas forcément avec un mojito, mais pour dédramatiser du retour de congés qui risquerait de me plomber le moral… Je note !

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