Philosophie Magazine : cure de ré-intoxication

Philosophie Magazine Paris Philo ParigrammeChacun ses défauts : je ne fume pas. Même pas de cigarettes en chocolat. Mais je fume des concepts philosophiques. Oui, je crois que je suis devenue dépendante de la philo. En même temps, mes alvéoles pulmonaires ne se plaignent jamais d’une taffe de Bergson ou d’un paquet de Spinoza sans filtre.

Toute forme de dépendance peut poser question, mais finalement, nous sommes fondamentalement dépendants : de l’air que nous respirons, de l’eau qui nous manque mortellement au bout de 4 jours, de ceux que nous aimons, de nos aversions comme de nos passions, du réseau électrique, de la fiabilité des freins de notre auto… Dépendants sans que cela puisse devenir une excuse permanente, c’est-à-dire dépendants et pourtant responsables. Parfois, on n’admet sa dépendance qu’après avoir expérimenté le manque. C’est logique. Donc, après plusieurs années de lecture de Philosophie Magazine, j’ai décidé de ne pas renouveler mon abonnement. Pourquoi ? Je ne le sais pas exactement moi-même, car nous sommes loin d’être aussi rationnels que l’idéologie contemporaine de la maîtrise chiffrée voudrait nous le faire croire. Je n’avais pas de reproche à faire à cette publication : je me lançais sans doute inconsciemment un défi…

Cette absence mensuelle a d’abord été partiellement compensée par d’autres sources de lectures, comme on peut substituer à la clope les patchs, les pastilles ou les chewing-gums. J’ai tenu à peine 4 mois avant de revenir chercher ma dose chez le dealer de bonnes feuilles : la maison de la presse. C’est pathétique. Les fumeurs repentis peuvent avoir eu recours à l’acupuncture ou à l’hypnose et ne plus ressentir le désir de crapoter. A contrario, il faut vous prévenir : quand on commence à vouloir gratter les évidences et à ne pas vouloir prendre les poncifs pour des lanternes, j’ai bien peur que ce soit pour la vie. La philosophie ne fait pas le bonheur (comme le dit si justement Roger-Pol Droit)… mais elle s’amalgame littéralement à votre conscience une fois que vous avez mis les deux hémisphères dedans. Les premières courbatures intellectuelles qu’elle provoque, le vertige enivrant du paradoxe, l’émerveillement inattendu lorsqu’on comprend quelque chose dont on s’était pourtant très bien passé pendant toutes ces années… : tout cela crée une saine dépendance. Et rien à voir avec les endorphines.

Fait aggravant : par ces temps troublés, la philo peut rouler des mécaniques et se rendre plus que jamais irremplaçable. Elle pousse du coude les scientifiques arrogants. Elle dérange avantageusement les politiques atteints de myopie aggravée. Elle ridiculise les économistes cartomanciens. Quand la civilisation négocie un nouveau tournant, elle est d’utilité publique pour nous faire sortir de la caverne, avec poil à gratter inclus. Ne vous laissez pas leurrer par l’image déconnectée ou bachelière de la philo, car elle est partout dans votre vie et vous ne le soupçonnez pas. Elle vous attend au tournant pour faire un pas de côté… au lieu de tuer le temps. Vous voulez un exemple ? Un article éclairant de Philosophie Magazine sur le bras de fer FBI vs Apple : prise de recul garantie.

Bref, cher Philosophie Magazine, je te le dis solennellement : je vais me réabonner, puisque mon mental ne peut plus faire machine arrière. Je dois tout de même te signaler que, si ma dépendance ne fait vivre aucun réseau mafieux de la drogue, elle a quand même un effet secondaire : celui de saouler ou au mieux d’interloquer mon entourage, qui préférerait peut-être que j’hésite entre deux vernis à ongles ou que je me ruine en livres de cuisine. Heureusement, la Journée de la Femme va tout arranger…

Sur la photo au début de cet article, vous voyez au premier plan un guide indispensable à l’amateur(e) de philosophie parisien(ne) : PARIS PHILO, édité chez Parigramme. Gregory Darbadie y a compilé tout ce que la capitale compte de rendez-vous pour penser par soi-même : cours, conférences, cafés philo et autres bonnes adresses… On lui dit merci.

 

Publicités

3 réflexions sur “Philosophie Magazine : cure de ré-intoxication

  1. Claudio dit :

    Un peu déçu.
    Je m’attendais à l’explication de celle qui, s’étant abreuvée tant d’années à la philosophie des autres, se sentait prête à « penser réellement par elle-même », une, désormais philosophe.
    Pas grave, ça viendra 😉
    Elle nous fait la pub de la philosophie pratique et quotidienne qui est partout (comme la poésie), c’es déjà un beau cadeau pour la journée.
    Merci

    • Merci Claudio. Je comprends votre déception… tout à fait liée à mon humilité totale concernant mon niveau en philosophie. Je progresse, je progresse… il paraît que c’est le chemin qui compte plus que le point d’arrivée 😉 Quant à la philosophie « pratique », j’ai peur justement qu’il soit bien plus simple de s’en passer : quoi de plus pratique en effet que de remplacer toutes les questions en suspens par des réponses confortables ???

  2. […] … et mon addiction pour ce magazine à redécouvrir ici. […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s