Aussi longtemps que dure l’amour…

Aussi longtemps que dure l'amour, Alain de Botton, Flammarion

Ici gît une rose de la St Valentin momifiée.

Maintenant que la Saint-Valentin est passée, on va pouvoir parler d’amour, celui d’origine contrôlée sans additif romantico-sirupeux à effet illusoire. C’est un peu l’objet du livre Aussi longtemps que dure l’amour signé Alain de Botton. Alors que les contes de fée se terminent lâchement par « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », l’auteur nous invite à une visite guidée très particulière : celle des années qui vont suivre LA rencontre. Ici pas de recette du bonheur à l’américaine, pas de psychologie prête-à-tout-résoudre, mais une réflexion d’une lucidité épatante au fil d’une trame fictionnelle en compagnie d’un couple « ordinaire ». Tout ce que vous vouliez savoir sur l’amour, sans jamais imaginer que c’était donc cela…Mi-fiction, mi-réflexion

La structure même de Aussi longtemps que dure l’amour est en soi très bien vue. À l’intérieur d’une fiction qui va servir de support « pédagogique », l’auteur ménage régulièrement des apartés pour commenter et élucider les comportements de ses deux personnages. Il s’agit de Rabhi et Kirsten, un couple d’écossais, architecte et urbaniste de profession, très « constructeurs » à la ville… et peut-être à long terme pour leur couple. Étonnamment, le ton de ces moments de « conseil » ou de « debrief » n’est jamais celui d’un entomologiste du sentiment amoureux. On est dans la confidence de quelqu’un qui prend du recul avec une compassion particulière pour nos faiblesses communes et nos failles ordinaires, dans l’« intelligence du cœur » qui touche juste.

Prêt pour la révélation post-romantique ?

Alain de Botton réussit ainsi à créer de l’empathie pour des personnages qui échappent au cliché. De quoi ne jamais avoir la sensation d’un cours de psychologie sur des archétypes désincarnés. Le voyage qui nous attend nous emporte de la formation du sentiment idéalisé qui envahit Rabhi dès ses 15 ans au bord d’une piscine jusqu’à sa révélation post-romantique au terme d’une dizaine d’années de mariage. La révélation de cet héroïsme bienveillant qui consiste à accueillir les imperfections de l’autre pour construire une relation, au lieu d’en attendre un scénario parfait comme nous le martèlent souvent la littérature ou le cinéma.

Courage, vous allez soulever le capot de l’amour.

Il faut lire Alain de Botton pour comprendre les ressorts cachés du choix de l’élu, le défi immense mais souvent informulé de la vie commune, le combat sans fin contre la paresse, la révélation de l’adultère, l’ivresse des réconciliations en tous genres… Il faut lire Alain de Botton pour abandonner le pernicieux tabloïd de l’amour et aborder plutôt les rives d’une philosophie bienveillante.  Il faut lire Alain de Botton pour repartir un instant au pays de l’enfance, se retrouver dans « l’attachement anxieux » ou « l’attachement évitant » légués par notre éducation, et mieux comprendre certaines de nos réactions incontrôlables.

Enfin, il faut lire Alain de Botton pour découvrir une nouvelle définition de la mélancolie, sentiment cher à mon âme désabusée. Je vous laisse donc en compagnie de la page 265 qui, j’en suis sûre, vous fera méditer sur nos pauvres serments infantiles :

« La mélancolie n’est certes pas un trouble psychique qu’il faut soigner. C’est un genre de chagrin subtil qui survient quand nous nous heurtons à la certitude que la déception était prévue par le scénario dès le départ. Nous ne faisons pas exception. Épouser quiconque, même la personne qui nous convient le plus, cela revient à identifier à quelle variété de souffrances nous aimerions le mieux nous sacrifier.
Dans un monde idéal, on réécrirait entièrement les vœux de mariage. Devant l’autel, un couple s’exprimerait ainsi : « Nous acceptons de ne pas paniquer quand, d’ici quelques années, la décision que nous allons prendre nous paraîtra la pire de notre vie. Nous promettons cependant de ne pas aller voir non plus ailleurs, car nous acceptons qu’il ne puisse y avoir de meilleur choix que celui que nous faisons aujourd’hui. Tout le monde est toujours invivable. L’espèce à laquelle nous appartenons est démente. » Après que l’assemblée de fidèles aurait répété solennellement la dernière phrase, le couple continuerait en ces termes : « Nous ferons tout notre possible pour être fidèles. Mais nous n’en sommes pas moins convaincus que le fait qu’on nous défende de coucher avec quelqu’un d’autre est une des tragédies de l’existence. Nous sommes désolés que nos crises de jalousie aient rendu absolument nécessaire cette restriction curieuse mais salubre et non négociable. Nous promettons d’être les seuls dépositaires de nos regrets respectifs plutôt que de les distribuer tout au long d’une vie de libertinage. Nous avons étudié les différentes options qu’offre le malheur, et nous avons décidé au bout du compte de nous engager l’un envers l’autre. »

REBONDS

>Qui est Alain de Botton ?

>Une interview express, s’il vous plaît !

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5 réflexions sur “Aussi longtemps que dure l’amour…

  1. jaffelin dit :

    Bien joué!
    Vive l amour mélancolique et mêlant coliques frénétiques!

  2. Claudio dit :

    C’est quand même un privilège de connaître un blog dont on achète les conseils de lecture les yeux fermés. Achat fait. Reste à rouvrir les yeux pour le lire. Merci.

    • Merci mille fois pour cette confiance dite « aveugle ». Cela me met quand même une pression peu ordinaire ;-)) Vos impressions de lecture m’intéresseront !

      • Claudio dit :

        Alors mes impressions…
        J’ai l’âge d’avoir apprécié l’analyse. Je pense qu’il ne faudrait pas que le bouquin tombe entre toutes les mains. Ça pourrait en décourager certains et les priver de bons moments. Ce serait dommage.
        Sur la forme, l’essai et le roman entremêlés, cela m’a fait penser au film d’Alain Resnais « Mon oncle d’Amérique » construit de la même façon : des histoires personnelles et le professeur Henri Laborit avec blouse blanche et éprouvettes, qui intervenait après chaque scène pour expliquer les comportements des protagonistes.
        Pour finir, j’ai lu ce livre après avoir lu l’excellent « Il n’y a pas d’amour parfait » de Francis Wolff (Fayard). On ne peut meilleure association.
        Merci encore.

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