Vous êtes mon hôte. Et réciproquement

hôte double sens définition Cet été en France, les gîtes de vacances ont fait le plein. À l’heure où une pandémie réduit les envies et les possibilités de jet lag exotique, un retour au terroir était à prévoir. Dans ce contexte et au détour d’une sélection de chambres d’hôtes, je me suis souvenu que le mot hôte était quand même un sacré agent double de la langue française. Rappelons en effet qu’il peut aussi bien désigner la personne qui reçoit que la personne qui est reçue. Il ne nous reste alors que le contexte pour clarifier son double sens. Et malheureusement, on assiste trop peu à des dialogues de ce type :

M. le Châtelain : -Je vous en prie, installez-vous dans la chambre mauve avec vos trois chiens : vous êtes mon hôte.

M. le Touriste : -Vous êtes vraiment un hôte exquis. Avant, puis-je les laisser déféquer dans votre pelouse ?

À ce stade, la lectrice éclairée ou le lecteur réveillé pourra faire remarquer que l’ambiguïté sur le sens du mot « hôte » n’est réelle qu’au masculin. Effectivement, l’usage veut que le mot « hôtesse » désigne exclusivement celle qui reçoit, car on va jusqu’à dire qu’on accueille une hôte. Quand vous êtes une hôtesse donc, pas de double sens possible. Vous êtes dans un avion pour y accueillir les passagers ou bien à l’accueil d’un hôtel pour y sourire sans faillir. Même pour l’hôtesse de charme que je vous vois déjà imaginer, on ne peut pas dire que l’ambiguïté lexicale soit au rendez-vous.

Mais revenons au mot hôte, dont le genre apparemment masculin s’apparente au final à de la neutralité (le genre, vous savez, c’est compliqué). Difficile de savoir exactement pourquoi ce mot, apparu au début du XIIe siècle, a pris et gardé un double sens. Je ne sais pas si c’est le cas dans d’autres langues. Je me suis dit que cette ambigüité de notre langue soulignait en revanche un certain art de vivre relationnel, placé sous le signe de la réciprocité et de l’égalité. Pour l’hôte qui reçoit, amabilité, serviabilité, envie de partage. Pour l’hôte qui est reçu, politesse, respect des lieux, marques d’intérêt conviviales. Ping et pong. Pong et ping. L’hôte de l’un est l’hôte de l’autre et la bienveillance mutuelle remplace la hiérarchie transactionnelle. Si chacun joue son rôle avec tout le plaisir de la sociabilité, l’équilibre est parfait et l’échange équitable. Si l’un des deux ne fait plus l’« hôte » à merveille, la rencontre est manquée et l’ambiance toute pourrie.

Ce duo à l’intérêt mutuel pourrait faire penser au nouveau savoir-vivre du masque en ces temps de Covid-19 : quand un masqué rencontre une masquée (admirez la parité), on ne sait plus qui protège l’autre, car le but, c’est de protéger tout le monde et au final la bonne intelligence est mutuelle.

Cette sacrée notion d’hôte a continué de m’ouvrir des portes à une échelle bien différente. J’ai repensé à l’espèce humaine qui a tendance à oublier qu’elle est l’hôte d’une planète plutôt que son maître absolu. Une planète hospitalière jusqu’à quand ? J’ai également songé aux milliards de bonnes bactéries que nous hébergeons sur notre peau ou dans notre appareil digestif en échange de services sanitaires irremplaçables et jusqu’à il y a peu, tout à fait insoupçonnables.

Décidément, nom d’un acarien, on est toujours l’hôte ou l’hôte de quelqu’un. Et vice versa.

REBONDS

>Toute la série documentaire bluffante qui donne une bonne claque à notre anthropocentrisme : « Une espèce à part »

>Un article très hôte : « JO : Paris ville « hôte » ou ville « hôtesse » ? »