Perdre un enfant, « ça ne se dit pas »…

Une pétition pour faire naître un néologisme...
Une pétition pour faire naître un néologisme…

Quand j’ai passé mon bac de philo, j’avais choisi un sujet qui posait à peu près cette question : « Notre pensée est-elle prisonnière de la langue que nous parlons ? » Depuis, j’ai toujours… pensé que l’on pensait avec la richesse de son vocabulaire. Celui-ci permet d’approcher des nuances qui alimentent une réflexion plus complexe, que les finesses de la formulation peuvent rendre compte de situations aux facettes multiples, d’une infinité de nuances de gris. J’ai toujours senti que quelque chose qui ne se désignait pas clairement n’était pas tout à fait « pensable »… et j’ai fini par constater que la bataille des « éléments de langage » en politique, en communication ou ailleurs était la vraie bataille des consciences. Le choix des mots peut vous retourner le cerveau. Alors, quand j’ai lu le récit de Marie dans Psychologies Magazine d’avril, j’ai compris ce qu’elle entendait par être « mot-dite »…

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Chronicide (n.masc. ou adj.)

montresAvez-vous réalisé que notre civilisation était en train de tuer le temps mort ? Regardez le moindre humain attendant le bus ou prenant la pause à la terrasse d’un café… et vous constaterez que la proportion de personnes qui baguenaudent et rêvassent se réduit comme la surface cultivable. Bras armé du chronicide généralisé, le mobile intelligent, communément appelé smartphone, a porté l’estocade au temps mort résiduel. Lire la suite « Chronicide (n.masc. ou adj.) »

Walter branche sa watture…

Le verdict est tombé et les dictionnaires peuvent aller se faire lifter ! Le Festival XYZ du mot nouveau a choisi « watture » pour être le néologisme de l’année 2012. Le terme « célébruité » le suivait de près aux sorties d’urnes… mais la « watture », autrement dit la voiture électrique, l’a pris de vitesse… Lire la suite « Walter branche sa watture… »

Posthumation (n.fém.)

Un assemblage hasardeux de gamètes, voilà ce que nous sommes. Ce n’était déjà pas très glorieux… alors les plus fatalistes aiment rajouter que nous ne sommes que poussières qui redeviendront poussières. Mais c’est sans compter sur votre envie d’en découdre avec la postérité. Vous êtes venu. Vous avez vécu. Il faut que cela soit su. L’individualisme un brin narcissique et la mise en scène de l’identité qui caractérisent le tournant actuel de notre civilisation a fait surgir la posthumation... Lire la suite « Posthumation (n.fém.) »

Rachroniser (v.tr.)

Le lundi, vous avez hâte d’être samedi, mais à chacun de vos anniversaires, vous freinez des quatre fers et vous avez la chair de poule en pensant qu’une année encore vous a échappé : vous n’êtes pas à un paradoxe près. Si vous essayez vainement de retenir le temps qui passe, vous rachronisez. Lire la suite « Rachroniser (v.tr.) »

Votez pour mon néologisme préféré…

Néologisme n’est pas un mot nouveau…

Je me baladais sur la toile à la recherche de je ne sais quelle araignée. Moment classique d’errance numérique… et là je découvre au détour d’un clic un festival qui existe depuis 2002 : le Festival XYZ du Mot et du Son Nouveau, organisé par Éric Donfu, sociologue et écrivain français qui étudie les transformations de la société contemporaine.

Figurez-vous qu’en novembre 2011, le jury a rendu son verdict en désignant comme néologisme de l’année le mot « attachiante ». Ce mot-valise, vous l’aurez peut-être deviné, désigne une personne difficile à vivre mais dont on ne peut pas se passer pour autant. En 2010, c’est le malicieux « phonard » qui l’avait emporté, en désignant la personne qui utilise son téléphone à outrance.

Alors là, vous me voyez venir avec mes gros doigts sur la clavier… J’aimerais bien proposer une de mes créations aux suffrages de ce digne festival. Vous en avez un échantillon dans la rubrique de ce blog appelée « Les néologismes d’@Hemmapil ». Dites-moi celui que vous préférez (en commentaire, sur Twitter ou par mail), dites-moi celui qui a l’étoffe d’un lauréat ou celui qui a fait tilt à vos yeux… Allez, ne soyez pas timides et je tiendrai compte de vos avis pour sélectionner la bête de concours.

Merci à vous, chers voustombezpilistes.

Résultat du 23 novembre 2012… Le lauréat est « watture » pour désigner comme il se doit la voiture électrique >> voir l’article du blog. Je me suis également aperçue que je n’avais pas la bonne adresse email pour y participer… arghhh ce sera pour l’année prochaine.

DOUQUIN (n.masc.)

Non, le douquin n’est pas un homme roux tout doux. Un douquin, c’est en fait un bouquin qui nous sert de doudou. Un bon douquin vous a consolé dans la tourmente ou vous a sorti la tête du fossé dans un moment de rude déprime. Un roman ou un petit bréviaire qui vous a fait du bien comme une tartine de beurre avec du chocolat dessus près du feu. Un Livre qu’on garde précieusement, car on aime le relire en cachette sous la couette ou bien au contraire le conseiller à tout le monde sur Face de Bouquetin. Bien sûr, il peut maintenant être en format numérique… mais avouons qu’un bon vieux codex en feuilles de pâte à bois, ça prend mieux la patine du temps et les odeurs de bibliothèque. C’est un peu corné comme il faut, avec des passages soulignés, des traces de larme et des éclaboussures de thé Earl Grey. Ça peut même se déplumer comme un doudou trop passé à la machine, trop tortillé entre la joue et la menotte. Un vrai douquin quoi.

Interrogez-vous sur vos douquins (oui on peut pousser la gourmandise jusqu’à en avoir plusieurs). Interrogez aussi vos amis sur leurs douquins rien qu’à eux.  On en apprend énormément sur la personne à travers ses doudous livresques : cela devrait être une question supplémentaire du portrait chinois. Petite précision indispensable : le douquin ne s’apparente pas nécessairement au livre « préféré », car il est plus intime que cela et ne sert pas à étaler votre éclatante culture littéraire comme de la bonne gelée de groseille.

Alors, petites souris de bibliothèques, douquinez un peu en paix, avant de repartir au dehors dans un monde qui fait souffler le blizzard sur nos anciennes certitudes.

CADEAUTER, v.intr.

A Noël ou pour les anniversaires, vous radotez… sur le fait qu’il faut absolument trouver des cadeaux en toute hâte pour Pierre, Paul et surtout pour Jacques ! Jacques est vraiment trop difficile. Vous voudriez offrir avec le cœur, poésie et élégance dans un grand élan mystique qui vous fait tomber juste, tel un coup de foudre… mais vous voilà obligé de cadeauter tant bien que mal. Cadeauter, c’est faire un cadeau comme on peut, parce qu’il le faut bien. Si vous vous rabattez sur le dernier Prix Goncourt juste avant la fermeture de la Fnac, vous cadeautez. Si vous arrivez avec un vase en soldes, vous cadeautez… sauf si la personne collectionne les réceptacles à fleurs coupées depuis l’âge de 23 ans. Si vous avez gentiment cédé au chèque dans une enveloppe pour le neveu boutonneux de 14 ans, vous cadeautez pour la bonne cause. Rassurez-vous : c’est le lot de bien des humains pris dans la tourmente du « plaisir d’offrir, joie de recevoir. » Nous tenons là un pilier majeur de l’économie de marché… parce qu’il faut bien l’avouer : si on attendait d’avoir des idées totalement géniales pour offrir « THE » cadeau à la Tante Hortense, elle attendrait peut-être encore longtemps, la Tante Hortense. Vous l’aurez donc compris : c’est l’occasion forcée qui fait vivre le cadeautage. Ne crachons pas pour autant sur cette générosité toute civilisée qui peut passer pour vaguement hypocrite et carrément forcée. La sincérité brute de fonderie a des rudesses que la vie en société ne saurait assumer longtemps. Pour redonner ses lettres de noblesse à l’ « offrande» , je vous propose tout simplement d’offrir aussi autre chose que des cadeaux. Et si on essayait de faire des zeureux sans sortir forcément les zeuros ?

Poêliter (v.intr.)

Sur le côté droit, vous vous êtes senti mieux mais ça n’a pas duré longtemps. Sur le côté gauche, vous avez cru aux promesses de la nouveauté… mais vous avez vite déchanté. Il n’est pas ici question de la manie électorale de l’alternance, même si cela se passe dans l’isoloir de votre lit. Non, le poêlitage affectionne les heures creuses entre 2 h et 4 h du matin, en pleine insomnie. Le p’tit vélo dans la tête commence à partir en roue libre et votre corps n’est plus qu’un sac de sable bien encombrant qui ne trouve pas la paix. Vous rêvez de cette impression de lourdeur vertigineuse qui annonce l’abandon total dans les bras de Morphée… mais rien à faire. Votre nuit est gâchée par ce réveil incompréhensible et vous voilà parti pour poêliter un bon moment. Poêliter consiste en une hallucination nocturne à répétition : croire qu’en changeant de côté, le sommeil sera de retour. Vous venez de changer de côté, plein d’espoir, mais la déception se pointe au rendez-vous au bout de quelques minutes : des minutes qui ressemblent à des heures de faction inutile devant un abri de jardin où il n’y a rien à voler. Poêlé avec précaution comme des pommes de terre sarladaises, votre corps se languit d’être dévoré par l’ogre du sommeil. Vous pouvez poêliter ainsi longtemps, avant que  l’ultime lâcher prise ne vienne vous cueillir au moment où vous vous y attendez le moins. C’est la grande leçon du sommeil : sans cet abandon total au grand rien qui vous engloutit, rien ne sert de s’efforcer. L’ironie de l’histoire, c’est qu’au réveil, vous ne vous souviendrez même plus du gagnant : côté gauche ou côté droit ? Le sommeil est décidément une grande leçon d’humilité.

OUFFRANCE, n. fém.

Personne n’est censé ignorer l’expression « Le malheur des uns fait le bonheur des autres ». Pleine de cynisme, cette phrase peut avoir au moins deux acceptions. La plus vile interprétation nous laisserait penser que nous nous  réjouissons systématiquement du tracas de nos semblables, connus de près ou de loin. La deuxième version pointerait plutôt du doigt un état de fait beaucoup plus fréquent : le malheur suffisamment « lointain » a aussi le pouvoir de nous faire voir notre propre situation sous un meilleur jour.
Par exemple, lorsque vous regardez le dernier reportage sur un tsunami, vous êtes susceptible d’avoir trois attitudes simultanées : la compassion (un des sentiments humains les plus nobles), l’envie de secourir d’une façon ou d’une autre (non moins vitale à notre petite vie en société), et l’ouffrance. Vous ne la connaissiez pas sous ce nom-là, mais elle vous aide à vivre tous les jours. D’être là, sain et sauf, vous ressentez une grande ouffrance. Sans le dire à personne, au tréfonds de votre ego, vous poussez quand même un grand ouf de soulagement devant tant de souffrance. Un zéphyr de satisfaction inavouable de ne pas être à la place de ceux qui sont dans la mouise. Un vent de réconfort qui balaie vos petits soucis de rien qui traînent au coin de l’agenda. Une tornade de relativisation puissance 4 pour les grincheux du matin nourris au croissant beurre. Vous l’avez encore échappé belle. Le destin n’était pas au rendez-vous.

L’ouffrance est même un sport national et vous ne le saviez pas ! La grand messe du 20 h est une grande ouffrance-party. Toutes ces mauvaises nouvelles qui ne sont pas toutes pour nous. Toutes ces catastrophes qui nous touchent de loin. Tous ces drames humains que nous avons encore mis à distance. Et si l’ouffrance était indispensable à notre équilibre ?

L’ouffrance dans sa petitesse peut aussi nous rendre un fier service : si nous ne pouvons pas atténuer toutes les souffrances du monde, il faudrait au moins arrêter d’être bêtement négatif pour rien. Oui, mes très chers frères et sœurs, il est toujours temps de rebondir sur cette chance qui est la nôtre, ici et maintenant.

MÉSIR, n. masc.

Demandez à un enfant de 5 ans ce que le Père Noël pourrait lui apporter pour lui faire vraiment plaisir… Lorsqu’il vous répond, ses yeux brillent de désir vrai, de rêves faramineux portés par l’allégresse sans nuage de l’enfance. C’est beau. C’est l’âge du désir simple. C’est plutôt chez l’adulte que nous rencontrons le mésir. Le mésir, c’est un peu la mésaventure du désir.

Un type de mésir parmi d’autres : le désir qui rend malheureux. Vous croyez que votre vœu le plus cher, c’est de sauter en parachute. Vous prenez des cours, vous sautez, vous vous ratez, vous êtes malade à chaque fois. Vous en faites de cauchemars.

Autre type de mésir : le désir-prétexte en latence permanente. La personne répète depuis 23 ans que son vœu le plus cher, c’est de jouer du piano… tout en trouvant toujours une bonne raison de ne pas s’inscrire aux cours !

Quel que soit le type de mésir dont on est atteint, il faut se poser la bonne question : « est-ce que mon désir ne serait pas plutôt un mésir, c’est-à-dire un faux désir que je me suis inventé et que mon inconscient rejette de façon insidieuse ? ». N’oublions pas que d’infernales pressions sociales, amicales, familiales et mercatiques s’exercent sur nous en permanence. Comment être sûr que nos désirs sont bien les nôtres ?

Demandez à un adulte écrasé d’orgueilleuses responsabilités, de contraintes assumées et de désillusions à peine digérées… demandez-lui quel  est son vœu le plus cher. Ses yeux partent à la dérive, à la recherche de de brillant à dire, quelque chose d’original, de valorisant, d’intelligent ! Mais heureusement, il est toujours temps de refaire sa lettre au Père Noël : mettez le temps qu’il faudra pour l’écrire et consacrez le reste du temps à obtenir ce que vous désirez vraiment. On ne va tout de même pas perdre un temps précieux avec tous ces mésirs, ces faux désirs à qui il ne manque qu’un « non » !

Candidographe (n.masc. ou fém.)

Plus le monde est complexe, plus on veut nous faire croire qu’il est simple… Pourtant, il vous suffit d’ouvrir avec une impatience enfantine le mode d’emploi de votre dernière tondeuse qui fait aussi grille-pain pour vous apercevoir que la recherche de la bonne pratique peut vite devenir une quête du Graal… et que le manque de simplicité fait encore quotidiennement des ravages. Le problème avec les modes d’emploi incompréhensibles (restons polis je vous prie, et ce en toutes circonstances…), c’est qu’ils sont sûrement conçus ou remaniés par des ingénieurs, aveuglés par l’amour qu’ils portent à leur dernière création. A moins qu’il s’agisse d’une procédure d’intimidation pour nous en mettre plein les neurones et nous prouver à quel point la chose fraîchement acquise a été conçue par des gens vachement plus intelligents que nous.

Face à autant d’incompréhension mutuelle, comment donc prendre le recul nécessaire à la mise au point d’un opus clair et limpide, sorte de bréviaire accessible au premier idiot moyen ? Il est temps de développer un nouveau métier : celui de candidographe. Ce travailleur du texte est en effet amené à « traduire », en candide total, les guides d’utilisation rendus incompréhensibles par je ne sais quel zèle technico-pédant. Au début de son travail, le candidographe reçoit le mode d’emploi des mains de l’ingénieur et s’entretient avec lui quelque temps. Il pose aussitôt les bonnes questions que se posera le consommateur lambda et va ainsi pouvoir partir des besoins de l’utilisateur final. Pour entretenir innocence et  humilité, les candidographes travaillent obligatoirement en binôme : l’un relit toujours en candide le mode d’emploi rédigé par l’autre…. et c’est le test ultime ! Décidément, notre candidographe est le passeur technique des temps modernes. Merci à Voltaire et vive le progrès mieux compris par tous.

INFORMITOSE (n.fém.)

C’est bien connu : savoir, c’est pouvoir. Si vous n’avez pas les bonnes informations au bon moment, vous serez à côté de la plaque, vous agirez à côté, vous perdrez bien des longueurs sur vos concurrents potentiels, c’est-à-dire tous les êtres humains ici-bas. Savoir avant, savoir comment, savoir mieux. La bataille fait rage dans tous les réseaux de toutes sortes pour dénicher la donnée qui fera toute la différence. Vous avez bien sûr rangé les arbalètes et la poix, car il vous suffit d’un ordi, d’une tablette ou d’un smartphone pour rester hyperconnecté et tout savoir tout le temps. Blogs, quotidiens, mails, rapports de 57 pages en PDF, flux RSS, tweets 24 h sur 24… : vous êtes rongé par l’informitose, une maladie sans antidote connue. La surabondance des données que vous devez traiter chaque jour pour en sortir du sens engorge vos circuits relationnels et neuronaux. Vous devez vous informer en flux continu certes, mais vous devez aussi assurer dans la vie non-numérique, pleine de lenteurs et de lourdeurs (aller chercher le pain et entre 2 mails dire à votre femme que vous l’aimez). Vous devez lire, répondre, transmettre, trier, faire le lien et en plus vous devez aussi penser par vous-même. Vous avez décidé de militer pour la journée bi-bande de 48 heures : votre double numérique pourrait ainsi faire le tri à votre place et vous laisser buller dans le jacuzzi sans fil à la patte. Face à la diarrhée de données, à la coulée d’infos permanentes venant de sources plus ou moins contrôlées, face à la logorrhée mondiale absolue et entretenue, vous êtes sans cesse au bord du vomissement. Pourtant, cette informitose mal soignée peut nous conduire à une telle paralysie, qu’on finirait par être tenté de laisser les Autres décider à notre place.

Cela ne va guère vous rassurer, mais la seule chose qui vaille face à l’informitose, c’est une grosse dose d’esprit critique pour effectuer un tri drastique en amont… Et puis, vous serez peut-être plus heureux sans tout savoir, car de toute façon, on nous cache l’essentiel, c’est bien connu.