Apologie de la punition…ou éloge du rachat ?

apologie de la punition jaffelin« Apologie de la punition », le dernier livre d’Emmanuel Jaffelin, c’est un peu comme de la grenadine verte. Il y a ce qu’on appelle en psychologie comportementale une erreur d’attente… Si vous ne connaissez pas l’auteur,  le titre peut en effet vous faire penser à un livre moralisateur et nostalgique, limite réactionnaire. Et pourtant, l’humanisme qu’on y rencontre joue dans une tout autre cour… Quelqu’un qui peut concilier dans sa bibliographie « Éloge de la Gentillesse » et « Apologie de la punition » démontre justement un niveau de nuance de la pensée des plus dignes d’intérêt dans un monde facilement binaire. Si la gentillesse est pour l’auteur la noblesse qui consiste à rendre service à quelqu’un qui vous le demande, la punition serait le « service » réparateur et ré-intégrateur que doit rendre la société à quelqu’un… qui évidemment ne l’avait pas demandé tout de suite. Encore faut-il donc que la fameuse punition serve à réintégrer et pardonner plus qu’à mettre à l’écart. C’est sur cette nuance que tout repose… Lire la suite « Apologie de la punition…ou éloge du rachat ? »

Lundi, c’est pur esprit…

On ira tous au paradis Emmanuel Jaffelin FlammarionIl est 3 h 53 en ce lundi de Pentecôte. Ce n’est pas le moment précis où l’Esprit Saint* descend sur moi. C’est l’heure à laquelle le prince charmant qui partage ma couche se mouche. En ce morceau d’automne placé au mois de mai, les virus ont effectivement tenté un baroud d’honneur. Commencent alors pour moi deux heures d’insomnie qui, après un inévitable poélitage, ouvrent fortuitement le champ des possibles. « Et si le printemps ne revenait jamais ? Et si la croissance éternelle devenait enfin ce qu’elle est : une chimère ? Et si je m’achetais quand même un autre foulard à pois ? Et si en 2020 on travaillait tous 3 jours par semaine ? Et si… Lire la suite « Lundi, c’est pur esprit… »

Le petit livre rouge de… Emmanuel Jaffelin

petite philosophie de l'entreprise Emmanuel JaffelinLa couleur rouge de la couverture aurait dû me mettre sur la voie : Emmanuel Jaffelin nous propose une révolution… mais bien moins sanglante que celle qui a marqué la Chine Populaire. Ce petit livre rouge accompagne un courant humaniste bien plus large en ce début de XXIème siècle. Il rejoint ces voix qui s’élèvent pour souligner que notre modèle fondé sur la financiarisation nous amène au bord du précipice. Dans son ouvrage précédent, l’auteur revenait aux origines nobles de la « gentillesse », une notion malheureusement dévoyée par sa connotation moderne abusivement mièvre. Dans cette « Petite Philosophie de l’Entreprise », la révolution du management proposée consiste à replacer l’entreprise au cœur de la vie sociale… car elle n’est pas une entité « extraterritoriale » livrée au seul pouvoir du chiffre et du tableau Excel. Il convoque Platon et Spinoza pour redire à quel point la double vocation de l’entreprise consiste à produire de la richesse tout en favorisant l’épanouissement de l’Humain. L’abeille, par son travail, produit le miel tout en pollinisant les espèces végétales. Le frelon qui pille la ruche ressemble plus à l’oligarque cupide et cynique dont la seule fin est l’enrichissement éclair par stock-options… Lire la suite « Le petit livre rouge de… Emmanuel Jaffelin »

La revanche de la gentillesse

Derrière le vilain oxymore de mon titre, c’est le contexte actuel qui s’exprime… En pleine croissance triomphante, le winner avait beau jeu de toiser avec mépris le camp des « gentils ». En pleine crise de civilisation, cachée par la crise tout court, la gentillesse nous refait signe pour réchauffer notre humanité. Si l’homme semble parfois être un loup pour l’homme, il peut aussi faire le choix de dépasser son égoïsme dans les moments… critiques. On a toujours le choix, n’est-ce pas ?

C’est bien cette opportunité d’une révolution douce que j’ai découverte en sirotant l’opus d’Emmanuel Jaffelin, agrégé de philosophie : « Petit éloge de la gentillesse ».

Ce voyage en dehors des balises du cynisme nous offre tout d’abord une étonnante balade étymologique qui commence  dans l’antiquité romaine. A cette époque, le « gentilis » est un noble romain qui fait partie d’un clan. Puis, c’est l’esclave qui est « gentil » car il appartient (c’est le cas de le dire) à une famille noble. Propulsé dans le monde chrétien, le « gentil » désigne ensuite celui qui n’est pas chrétien mais qui peut le devenir… un impie à qui on veut bien tendre la main. C’est le monde médiéval et chrétien qui redécouvrira le sens romain pour mettre à la mode les valeurs chevaleresques du « gentilhomme », qui doit tenir son rang, au service de buts élevés. On sort la Table Ronde et on est prêt à en découdre pour l’honneur. Mais ça ne va pas durer : à la Renaissance, le chevalier commence à s’effacer devant le courtisan. N’offrant rien sans arrière-pensée, ce nouveau gentilhomme travestit volontiers sa lâcheté en courtoisie. Les  manières de la cour finissent par devenir des symboles d’injustice et précipitent l’envie de pendre les aristos à la lanterne. La république met en avant l’égalité entre les hommes et la gentillesse reste plantée là, bousculée par ses errances historiques, sujet de raillerie et témoignage de faiblesse dans le monde du calcul triomphant.

Ce qui m’a particulièrement intéressée dans le reste de ce grand petit livre d’une centaine de pages, ce sont les nuances apportées entre sollicitude, solidarité, gentillesse et altruisme. La gentillesse n’est pas la solidarité, car elle ne repose pas sur une organisation où mon intérêt particulier rejoint l’intérêt général… et où cette entraide organisée, peut me dispenser petit à petit d’être accessoirement gentil ! La gentillesse n’est pas non plus la sollicitude de notre Amélie Poulain, car la gentillesse répond avec le sourire à un besoin manifeste ou une demande exprimée… sans prendre les devants de façon intrusive sur les prétendus besoins de la personne à aider. La gentillesse moderne d’Emmanuel Jaffelin propose en fait une révolution douce au « soft power » démultiplicateur, libérée des morales du devoir, où j’honore autant autrui que moi-même en rendant service.

Un point de désaccord subsiste cependant pour moi : certes la gentillesse doit se garder de l’intrusive  sollicitude, mais une fois de plus, tout n’est-il pas question de seuil et de dosage ? Si nous attendons tous que les autres expriment clairement leur demande d’aide, nous risquons de nous priver de belles surprises : celles que m’offre autrui, en devinant le geste ou la phrase qui me fera du bien. Il y a une version de la gentillesse qui se laisse guider par pure empathie sans attendre un besoin ou une demande manifeste. Il y a la magie de ce qu’on n’attendait même pas…

Si vous sirotez aussi le « Petit éloge de la gentillesse », soyez gentils : dites-moi en commentaire ce que vous en pensez.

>> découvrir le blog de l’auteur Emmanuel Jaffelin