Requiem pour le rêve américain

Noam Chomsky - Requiem pour le rêve américainSi vous êtes encore sous le charme du soft power à l’américaine, biberonné à la success story d’Hollywood ou de la Silicon Valley, sous l’emprise du mythe du self-made man et du vrai pays de la liberté, il est temps pour vous de tomber de très haut. Dans « Requiem pour le rêve américain », Noam Chomsky vous explique pourquoi la bannière étoilée est en lambeaux…

 

10 principes pour casser du rêve

Philosophe, activiste et linguiste ayant enseigné pendant cinquante ans au MIT, Noam Chomsky nous explique en dix chapitres comment le rêve américain s’est fracassé. Une lecture particulièrement percutante sous l’ère Trump. Partir de rien dans le pays glorieux de la libre entreprise et gravir l’échelle sociale quel que soit son milieu d’origine, c’est finished. C’était bon pour le père de Noam Chomsky arrivé aux États-Unis en 1913 d’un village très pauvre d’Europe de l’Est, qui trouve un petit emploi dans un atelier de Baltimore et passe finalement un doctorat. Aujourd’hui, l’auteur l’affirme : « La mobilité sociale est en fait moins grande ici qu’elle ne l’est en Europe. » La démonstration glaçante de lucidité tient aussi à son articulation. Chomsky égraine les chapitres sous forme de principes, de « Principe N°1 : réduire la démocratie » à « Principe N°10 : marginaliser la population » en passant par « Principe N°5 : briser la solidarité » ou « Principe N°9 : fabriquer du consentement ». Un chemin de croix pour le lecteur américanophile qui doit être prêt à revenir sur des mythes joliment entretenus. Amuse-bouche :Requiem pour le rêve américain - extraitDe l’intérêt de rester le patron…

La constitution américaine ? Une construction qui, comme l’expliquait son principal auteur James Madison en 1790, consiste à protéger la démocratie de la folie des pauvres en la confiant à l’élite la plus riche et la plus éclairée. La première économie mondiale ? Financiarisée et délocalisée depuis les années 80, elle a dégradé le niveau de vie de ses couches sociales populaires, piégées par le surendettement. On a droit à une visite guidée très convaincante de la dérive dérégulatrice lancée par Reagan et entérinée par Clinton lors de l’abrogation du Glass Act. Mais là où Chomsky nous ouvre des portes, c’est en soulignant que les États-Unis ne sont pas vraiment capitalistes. Oui, vous avez bien lu. Dans un système purement capitaliste, ceux qui prennent les risques paient les pots cassés. Or les États-Unis se sont comportés en « État-providence » avec les acteurs financiers qui jouèrent avec le feu et entraînèrent la crise financière de 2008. À cause du tristement fameux « too big to fall », ce sont bien les contribuables qui ont payé la facture. Apprend-t-on de ses erreurs ? Noam Chomsky se désespère quand « les gens choisis pour remédier à la crise sont ceux qui l’ont provoquée. » On n’est pas bien patron.

Nous alertant depuis de nombreuses années sur la fabrique du consentement des médias de masse, Noam Chomsky conclut « Requiem pour le rêve américain » en convoquant le penseur des Lumières David Hume et le paradoxe apparent suivant : « Le pouvoir est entre les mains de ceux qui sont gouvernés ».  Il en appelle donc au réveil de la majorité pour tout refonder, par une multitude de petits actes qui vont constituer d’autres moyens d’actions politiques… que ceux qui ont déjà échoué. Âgé de 88 ans, Noam Chomsky met ses espoirs dans une jeunesse qu’il sent porteuse d’un changement profond… Si vieillesse sait déjà, jeunesse pourra-t-elle encore ?

>>>Sur le site Flammarion, la page du livre sorti fin septembre

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Aussi longtemps que dure l’amour…

Aussi longtemps que dure l'amour, Alain de Botton, Flammarion

Ici gît une rose de la St Valentin momifiée.

Maintenant que la Saint-Valentin est passée, on va pouvoir parler d’amour, celui d’origine contrôlée sans additif romantico-sirupeux à effet illusoire. C’est un peu l’objet du livre Aussi longtemps que dure l’amour signé Alain de Botton. Alors que les contes de fée se terminent lâchement par « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », l’auteur nous invite à une visite guidée très particulière : celle des années qui vont suivre LA rencontre. Ici pas de recette du bonheur à l’américaine, pas de psychologie prête-à-tout-résoudre, mais une réflexion d’une lucidité épatante au fil d’une trame fictionnelle en compagnie d’un couple « ordinaire ». Tout ce que vous vouliez savoir sur l’amour, sans jamais imaginer que c’était donc cela… Lire la suite

L’espoir a-t-il un avenir ?

L'espoir a-t-il un avenir Monique Atlan Roger-Pol DroitLe poète Dante avait inscrit à la porte de l’Enfer : « Laissez toute espérance, vous qui entrez. » Adeptes décontractés de la désespérance très tendance, aurions-nous fait, de cette sentence glaçante notre devise ? Monique Atlan et Roger-Pol Droit qui m’avaient déjà passionnée avec leur enquête HUMAIN partent à la recherche de ce qui a disqualifié peu à peu l’espoir d’un monde meilleur. Dans un court termisme devenu subrepticement la règle, il est de bon ton de savoir profiter de l’instant sans trop attendre de l’avenir… et en même temps, on sent bien que tout cela ne nous mènera pas bien loin. Ouvrons avec eux la boîte de Pandore pour voir si l’espoir y dort encore…et comment on peut le réveiller. Oui Pandore, car dans « L’espoir a-t-il un avenir ? », tout commence par ce mythe fondateur que l’on réduit un peu vite à l’amphore d’où sortent malencontreusement tous les maux du monde. On oublie qu’il y reste, tapie au fond, une entité que les Grecs appellent elpis. Sa parfaite ambiguïté résume la condition humaine : à la fois connaissance des tourments qui peuvent surgir et… ignorance de ce qui va vraiment advenir et quand. Un mélange d’attente inquiète et d’espérance positive. Ce n’est bien sûr que le début du voyage en terre d’espérance… Lire la suite

Vous êtes fous d’avaler ça !

Estomacs solides, à vos armes !

Estomacs solides, à vos armes !

Vous buvez du thé vert de Chine parce que c’est plein de bons antioxydants ? Vous risquez surtout de siroter des pesticides. Vous adorez le paprika en poudre et vous en mettez même dans les yaourts ? Vous avez pu ingérer sans le savoir des crottes de souris broyées ! Les tomates moisies dans le coulis, vous vous dites que ça se sentirait forcément au goût ? Vous sous-estimez les talents des magiciens de la malbouffe. Vous êtes persuadé que le miel est toujours fabriqué à 100 % par des abeilles ou qu’il y a des vraies fraises dans toutes les confitures de… fraises ? Votre naïveté s’étale au grand jour en même temps que sur la tartine. Heureusement, grâce au livre-choc « Vous êtes fous d’avaler ça ! » de Christophe Brusset, l’ingénieur agroalimentaire dégoûté qui brise la loi du silence, vous allez être déniaisé et édifié ! Matières premières avariées, substituts inavouables mais tellement moins chers, chantages aux déréférencements, embrouille sur les provenances, contrôles sanitaires insuffisants… l’idée majeure, c’est de faire le plus de marge possible sans aucun scrupule pendant que vous achetez les yeux fermés. Heureusement que les pointes d’humour de l’auteur assaisonnent le frichti pour éviter de vomir tout de suite de colère. On nous prendrait donc définitivement pour des c… ? Lire la suite