Manger est un acte citoyen.

Alain Ducasse, Editions Les Liens qui Libèrent, LLL, Manger est un acte citoyen, gastronomie, écologie, permaculture, Collège culinaire de FranceEn ce 23 avril 2017, vous étiez appelés à accomplir un acte citoyen : celui de choisir entre onze prétendants à l’Élysée. On ne doute pas de son importance, au vu des tensions, incertitudes et défis qui nous guettent. Entre la poire et le fromage, je ne résiste pas à l’envie de vous parler d’un autre acte citoyen aussi anodin qu’essentiel, aussi universel que déterminant : manger, un acte quotidien et non quinquennal. Je viens en effet de dévorer le livre de deux compères qui s’y connaissent en belle et bonne nourriture : Alain Ducasse, le chef globe-trotter qu’on ne présente plus et Christian Regouby, communicant et délégué général au sein du Collège culinaire de France.

Rabâchant dans mon entourage depuis un moment déjà que consommer est devenu un acte éminemment politique, lourd de conséquences sociales et sanitaires, je ne pouvais que savourer « Manger est un acte citoyen ». Pas de livre de recettes, mais un cri d’alarme doublé d’un cri de ralliement : si nous ne voulons pas multiplier les pathologies médicales, économiques et sociales, commençons par arrêter de bouffer n’importe quoi… Lire la suite

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Vous êtes fous d’avaler ça !

Estomacs solides, à vos armes !

Estomacs solides, à vos armes !

Vous buvez du thé vert de Chine parce que c’est plein de bons antioxydants ? Vous risquez surtout de siroter des pesticides. Vous adorez le paprika en poudre et vous en mettez même dans les yaourts ? Vous avez pu ingérer sans le savoir des crottes de souris broyées ! Les tomates moisies dans le coulis, vous vous dites que ça se sentirait forcément au goût ? Vous sous-estimez les talents des magiciens de la malbouffe. Vous êtes persuadé que le miel est toujours fabriqué à 100 % par des abeilles ou qu’il y a des vraies fraises dans toutes les confitures de… fraises ? Votre naïveté s’étale au grand jour en même temps que sur la tartine. Heureusement, grâce au livre-choc « Vous êtes fous d’avaler ça ! » de Christophe Brusset, l’ingénieur agroalimentaire dégoûté qui brise la loi du silence, vous allez être déniaisé et édifié ! Matières premières avariées, substituts inavouables mais tellement moins chers, chantages aux déréférencements, embrouille sur les provenances, contrôles sanitaires insuffisants… l’idée majeure, c’est de faire le plus de marge possible sans aucun scrupule pendant que vous achetez les yeux fermés. Heureusement que les pointes d’humour de l’auteur assaisonnent le frichti pour éviter de vomir tout de suite de colère. On nous prendrait donc définitivement pour des c… ? Lire la suite

Jeu de maux, jeu de pas beaux.

Une affiche à la gare. Il est 7 h 50. Je ne suis pas du matin, mais il suffit parfois d’une étincelle pour faire démarrer le moteur du cervelet. Ce rouge passionnel qui percute ma rétine et le choc sémantique qui l’accompagne par exemple.

La friandise est posée en majesté au milieu du rouge pour imprimer un réflexe pavlovien du type « je prends le train donc j’achète bien sûr un truc chocolaté régressif et un trop chouette magazine people ! »

Voilà  néanmoins de quoi nourrir un cas d’école pour concepteur-rédacteur publicitaire sur le thème « faut-il absolument dégainer le jeu de mot quand on n’a absolument rien à dire ? ». La réponse est plutôt « Non ! », car le jeu de mot mal utilisé est un horrible symptôme. Quand on n’a rien de mieux à se mettre sous la dent et pas la moindre idée à refourguer au badaud, c’est une trop grande tentation… un peu comme une clope avec le café quand on a pourtant décidé d’arrêter de fumer. Ne réussissant guère à cacher la médiocrité de la promesse, le jeu de mot vain a tout d’une pomme empoisonnée pour débutant.

Dans l’exemple en photo ci-dessus, le jeu de mot choisi est particulièrement malheureux. Le double sens livré avec ne nous dit rien qui vaille. Pourquoi  la faim/la fin du voyage ? Si j’achète un truc chocolaté régressif, ce n’est certainement pas pour le manger en hâte juste avant de descendre à la gare d’arrivée… mais pour m’en délecter bien avant et faire ainsi baver d’envie mon voisin du siège 27 couloir pendant tout le reste du trajet. Oui mais encore ? La faim/fin du voyage ? Ah oui, bien sûr : les voyages sont toujours beaucoup trop longs et la vie également. Autant raccourcir les deux en appelant de ses vœux une maladie cardio-vasculaire prompte à en écourter le non-sens. Pour cela, rien de tel que les délices de l’huile de palme. Seule la finesse de ce jeu de mot pouvait nous en faire savourer la portée dramaturgique : « Grignotons de la barre chocolatée mes frères, car cette petite faim nous rapproche un peu plus chaque jour de la fin sublime du grand voyage… » .

Une seule morale à cette affligeante histoire : « Ne compte jamais sur un jeu de mot piteux pour remplir un grand creux. »