Le voisin a tout… et surtout ce que je désire.

IKEA mai 2016 Ne laissez pas votre place aux autresAvec ce week-end de l’Ascension presque estival, on aurait pu avoir de nouveau l’illusion que le soleil brille pour tout le monde. Comme c’est trompeur. A l’heure où vous cherchez le fauteuil de jardin idéal pour vos pauses impromptues sous le figuier, la marque d’ameublement jaune et bleue est là pour vous le rappeler. Dans un élan ultralibéral à tendance darwinienne, IKEA vous le dit clairement : « y’en n’aura pas pour tout le monde alors, struggle for chair » !

Dans un contexte social un brin tendu, peut-être plus encore que le cannage de ce sacré fauteuil VIKTIGT, on peut y voir au choix : un encouragement à l’individualisme résigné ou un précepte de développement personnel pour aider ceux qui ne bronchent pas quand on leur passe devant chez le boucher. Quand j’ai vu cette première affiche de la série, je me suis dit que bien sûr, pour vendre une édition ultra limitée, il était aisé de jouer à fond la rareté : un boulevard conceptuel avec un clin d’œil entre la notion de « place » et le visuel du fauteuil… et hop on passe au brief suivant. Si on a fait la queue pour chaque nouvelle génération de smartphones de la marque à la pomme, c’est aussi grâce à cet art de la pénurie qui entretient le désir. Oui, je rappelle d’ailleurs aux non-latinistes que « désirer » vient du latin desiderare signifiant regretter l’absence de. Créer du manque perpétuel avec des objets que le voisin risque d’obtenir (et pas moi) est donc le moteur essentiel du marketing et de la consommation.

Mais attention, à peine une heure plus tard, je tombe sur une autre affiche IKEA,  la sœur jumelle survoltée :IKEA mai 2016 Court-circuitez tout le monde pour l'avoirEh eh, il ne s’agit plus de tenir sa place, mais bien de mettre les doigts du voisin dans le 220 V. Chouette ambiance dans les rayons du magasin IKEA…  Le monde décidément se partage en deux camps. D’un côté, les libertariens convaincus qu’il vaut mieux laisser les individus se disputer ce qu’il reste pour créer une saine émulation : il paraît que c’est le vrai moteur du progrès qui surpasse de loin les méfaits de l’intérêt général et de la solidarité dispendieuse. De l’autre, ceux qui commencent à douter de l’issue d’une crise sans fin entretenant habilement la compétition entre citoyens, à douter du retour de la croissance qui se fait désirer comme Godot,  et à douter aussi de l’intérêt du « toujours plus » au détriment du « moins mais mieux »…

Promettez-moi d’y penser lorsque vous vous jetterez sur le dernier VIKTIGT du rayon après avoir plaqué au sol le consommateur aux dents longues qui tentait de vous court-circuiter. À cet instant bien sûr, vous n’aurez pas du tout en tête cette phrase du philosophe Ollivier Pourriol : « Quelle que soit l’époque, une société dont le ressort est l’émulation est une société d’esclaves. » (CinéPhilo – p. 258)

Jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour garder votre place au soleil ? Allez-vous reprendre la place de citoyen que certains souhaitent vous voir abandonner pour occuper uniquement celle de consommateur insatiable ?

REBOND : « Le monde est clos et le désir infini » de Daniel Cohen, économiste

> Chronique à lire

> Replay à voir : 27 mn avec l’auteur et R. Enthoven (Arte Philosophie) 

 

 

 

Taxe rose : c’est bien notre genre de payer trop…

Il est certes parfois rasoir de se faire plumer de la sorte.
Il est certes parfois rasoir de se faire plumer de la sorte.

Si vous n’avez pas encore coupé le poil qui vous relie à l’actu, vous avez sans doute entendu parler ce mois-ci d’une certaine « taxe rose ». Une association féministe a alerté les pouvoirs publics après avoir constaté que certains produits de consommation « genrés » étaient étonnamment plus chers dans leur version féminine alors que les caractéristiques du produit le justifiaient difficilement. L’exemple qui a été le plus cité est celui des rasoirs jetables. Donc là, c’est comme si Georges Sand et Madame Jourdain prenaient tout à coup leur premier cours de marketing… Lire la suite « Taxe rose : c’est bien notre genre de payer trop… »

Spéculations sur le financier

financiers Bonne Maman recetteAvant les orgies de bûches au foie gras, d’huîtres au chocolat et de koulibiac aux airelles, j’ai justement décidé de nous offrir un sujet plus léger que la défense de la démocratie ou la maladie d’Alzheimer.  Léger, léger… je m’avance peut-être un peu trop parce qu’il y a quand même cent grammes de beurre et quatre-vingt grammes d’amandes. Venons-en au fait : tout en déplorant que certains financiers des plus cyniques puissent orienter le destin du monde, j’ai un faible pour les financiers aux amandes les plus délicieux que j’oriente vers mon gosier. En traînant au rayon des biscuits, j’ai repéré les financiers aux amandes Bonne Maman… et en retournant la boîte, une particularité peu courante a retenu mon attention : la marque me donne la recette sur l’emballage ! Non mais je rêve… Lire la suite « Spéculations sur le financier »