CADEAUTER, v.intr.

A Noël ou pour les anniversaires, vous radotez… sur le fait qu’il faut absolument trouver des cadeaux en toute hâte pour Pierre, Paul et surtout pour Jacques ! Jacques est vraiment trop difficile. Vous voudriez offrir avec le cœur, poésie et élégance dans un grand élan mystique qui vous fait tomber juste, tel un coup de foudre… mais vous voilà obligé de cadeauter tant bien que mal. Cadeauter, c’est faire un cadeau comme on peut, parce qu’il le faut bien. Si vous vous rabattez sur le dernier Prix Goncourt juste avant la fermeture de la Fnac, vous cadeautez. Si vous arrivez avec un vase en soldes, vous cadeautez… sauf si la personne collectionne les réceptacles à fleurs coupées depuis l’âge de 23 ans. Si vous avez gentiment cédé au chèque dans une enveloppe pour le neveu boutonneux de 14 ans, vous cadeautez pour la bonne cause. Rassurez-vous : c’est le lot de bien des humains pris dans la tourmente du « plaisir d’offrir, joie de recevoir. » Nous tenons là un pilier majeur de l’économie de marché… parce qu’il faut bien l’avouer : si on attendait d’avoir des idées totalement géniales pour offrir « THE » cadeau à la Tante Hortense, elle attendrait peut-être encore longtemps, la Tante Hortense. Vous l’aurez donc compris : c’est l’occasion forcée qui fait vivre le cadeautage. Ne crachons pas pour autant sur cette générosité toute civilisée qui peut passer pour vaguement hypocrite et carrément forcée. La sincérité brute de fonderie a des rudesses que la vie en société ne saurait assumer longtemps. Pour redonner ses lettres de noblesse à l’ « offrande» , je vous propose tout simplement d’offrir aussi autre chose que des cadeaux. Et si on essayait de faire des zeureux sans sortir forcément les zeuros ?