Blague à part et références communes

Boursorama Banque affiche campagne février 2019 la banque la moins chaire Boursorama Banque vient de lancer une campagne avec un budget d’achat d’art très réduit. L’épure graphique comme on dit. Le jeu typographique sur fond blanc suffit à délivrer un message des plus simples : « Nous sommes encore classés au top des banques les moins chères. Mais attention, on n’est pas que les moins chers. On est aussi des petits malins.» Une affiche a particulièrement titillé ma rétine : celle où la bravoure d’une faute d’orthographe volontaire tacle gentiment le destinataire pour l’inciter à être aussi pointu en analyse de frais bancaires qu’en orthographe.

Découpage en trois tranches de la cible

Les passants qui ont croisé l’affiche se répartissent sûrement en trois groupes.

  • Ceux qui ont vu la faute, mais qui sont du genre un peu bougon, avec myopie aggravée ou paresse avérée sur les petits caractères. Résultat : ils n’ont pas été en mesure de lire la morale de l’histoire, écrite en plus petit juste après. Alors ils ont sûrement pesté : « Non, mais franchement, c’est la fin des topinambours si on se permet des fautes pareilles sur les affiches. Il faut vraiment que Jean-Michel Blanquer mette le paquet sur la langue française. »
  • Ceux qui n’ont pas vu ni la faute, ni la phrase en dessous, mais qui, comme la vie est injuste, risquent d’avoir tout de même capté l’essentiel : Boursorama, c’est les moins chaires/chers. Simple, binaire, pas besoin d’avoir un score de 920 au Certificat Voltaire pour croire tout ce qu’on vous dit.
  • Ceux qui ont vu la faute, ont été intrigués et ont lu la suite. L’élite intellectuelle qui peut frimer en savourant un jeu de mot orthographique ? Un petit jeu relationnel très judicieux en tout cas puisque les neurosciences semblent établir que l’effort intellectuel récompensé par un clin d’œil favorise la mémorisation du message.

Savourons donc ensemble ce plaisir de snob intello pendant qu’il en est encore temps. Qui sait ? Bientôt les jeux de mots orthographiques seront à manier avec des pincettes à sucre en levant le petit doigt. En effet, si de moins en moins de gens voient la faute, il n’y a plus de jeu de mot… et fin de la partie.

Une bonne correction, c’est tout ce qu’on mérite.

Si vous travaillez dans la communication, vous savez peut-être que les correcteurs et secrétaires de rédaction vont d’ailleurs redevenir indispensables. Ils tiennent leur revanche : des supports de presse écrite qui pensaient s’en passer pour faire des économies les ont finalement rappelés pour pallier les lacunes des nouvelles recrues. CQFD avec les articles de certains médias en ligne qui balancent le verbiage aussi vite que leur ombre sans avoir bien relu. Ou avec les pauvres stagiaires des chaines d’info en continu qui nous font bien rire jaune en s’emmêlant les touches en direct pour rédiger les bandeaux en bas de l’écran. Mais, mais, mais…  le péril orthographique ne cacherait-il pas une autre forêt ?
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Au bonheur des fautes

Muriel Gilbert Au bonheur des fautes orthographe VuibertVous n’imaginez pas à quel point l’exigence lexicale peut vous transformer en Don Quichotte qui se bat contre les moulins à fautes. La médiocrité textuelle pourrait nous terrasser si nous n’y prenons pas garde, nous, les professionnels de l’écrit. Connaissant mon implication dans le « Made in French » à titre professionnel, on m’a offert le livre de Muriel Gilbert « Au bonheur des fautes ». L’auteure est une éminente correctrice qui travaille dans un éminent quotidien : Le Monde. Même Bernard Pivot a un immense respect pour cette dompteuse du subjonctif et a chroniqué son livre dans le Journal du Dimanche

Que vous militiez contre le barbarisme ou que, au contraire, vous ne soyez pas encore réconcilié(e) avec le Bescherelle, je vous le recommande. Rien d’austère ou de prétentieux ne vous attend, car Muriel Gilbert réussit à nous faire sourire à chaque paragraphe. Grâce à elle, on plonge en fait avec amusement dans le quotidien du cassetin (compartiment d’une casse d’imprimerie et nom donné aussi au bureau des correcteurs dans la presse). On apprend une foule de choses sur les bizarreries de la langue française tout en se glissant dans les coulisses du métier de correcteur. On mène l’enquête sur l’accord du participe passé comme dans un polar nordique… et on déguste au fil du livre des apartés joliment appelés « Un bonbon sur la langue ».Muriel Gilbert Au bonheur des fautes Vuibert anagramme

Ce livre réussit donc un cocktail étonnant d’érudition savoureuse, d’anecdotes sur le parcours insolite de l’auteure et d’humour tendre sur le chef-d’œuvre en péril de la correction professionnelle.

De la résignation au mépris, il n’y a… qu’un saut de ligne !

Grâce au livre de Muriel Gilbert, j’ai aussi compris que nous ne devons pas nous résigner à la médiocrité linguistique dans les métiers de la communication et de l’information. Je ne peux en effet plus supporter qu’on me dise « Allez, on s’en fiche : de toute façon, personne ne verra la faute. » J’ai mis du temps à analyser ce qui me gênait dans cette posture faussement cool : en fait, c’est son irrespect fondamental mais non assumé. Un irrespect hypocrite et notoire pour les gens qui nous lisent, car c’est partir du principe qu’ils ne méritent pas notre exigence lexicale minimale et professionnelle. Le niveau baisse ma bonne dame et les gueux ne lisent plus, n’écrivent plus, alors on ne va pas en faire une pendule du fait qu’on écrit « quelque temps » et non pas « quelques temps ».

Jeu de dupe déguisé en discipline démodée… 

Eh oui,  l’application des règles du français, ce n’est pas hype en 2017. Ce qui est tendance, c’est d’être à la pointe de l’innovation, de réinventer les règles et de dire m… à ce qui est bêtement marqué dans un Bled. Seul l’ « orthobashing » sur les réseaux sociaux façon BescherelleTaMère peut éventuellement rendre tendance une exigence qui sent la vieille craie des hussards de la IIIe République. Il faut dire que le faux alibi de l’écriture SMS et la réforme de l’orthographe qui concède lâchement la cohabitation d’une ancienne et d’une nouvelle écriture ne font pas avancer la cause. Comme le rappelait récemment Bernard Pivot dans une interview, rien de mieux pour discréditer insidieusement une discipline que de flouter ainsi ses principes. Accepterait-on qu’en maths, 2 et 2 puissent faire éventuellement 5 ? On a les priorités qu’on veut bien se donner. Mais le laxisme orthographique ne serait pas scandaleusement hypocrite si le respect de ces règles ne servait pas ensuite à trier les lettres de motivation…

Pour finir sur un clin d’œil , il y a quand même un détail qui m’interpelle : Muriel Gilbert aurait-elle eu la fantaisie de laisser traîner une coquille pour titiller notre sagacité ? À la page 121, on peut lire en effet l’expression « de temps un temps ». Cette filouterie non dénuée d’élégance viserait ainsi à nous hisser un instant seulement au niveau d’attention du correcteur émérite, comme si on réussissait pour une fois à soigner son propre médecin… Un bref instant seulement.Muriel Gilbert Au bonheur des fautes Vuibert

REBONDS :

Le blog de Muriel Gilbert

Un petit extrait…Muriel Gilbert Au bonheur des fautes orthographe Vuibert

« Orthotweet, tu l’écris comment ? »

orthotweet couvDes instituteurs défricheurs tentent des expériences pédagogiques en utilisant Twitter avec leurs élèves (si, si) et des e-crivains se lancent dans la twittérature en 140 caractères (oui, c’est ce qu’on peut appeler du format ultra-court). On peut donc dire que le réseau social qui gazouille tente une percée au pays des lettres. Sandrine Campèse, jeune journaliste et blogueuse au service de la langue de Voltaire, vient nous le prouver avec son opuscule récemment paru aux Editions de l’Opportun et intitulé « ORTHOTWEET 140 signes pour ne plus faire de fautes d’orthographe ». Grands-parents exaspérés sur le point d’assommer ces chères têtes blondes avec un Bled, parents englués dans l’accord du COD avec l’auxiliaire avoir, dirigeants médusés par les perles contenues dans les courriels de vos collaborateurs, reprenez espoir… Lire la suite « « Orthotweet, tu l’écris comment ? » »