Vacances, je vous hais…

vacances

Peine de mort, ISF, corruption des élus, etc. : vous adorez jeter des pavés dans le charbon de bois au moment des brochettes… au risque de vous prendre une chipo sur le coin de la face ? C’est en effet un sport estival qui peut mettre en joie. Avez-vous essayé « Franchement, les vacances, c’est la plaie… » ? Oui, je sais : c’est assez kamikaze avec ce début de bronzage et vos solaires sur le dessus du crâne. Vous faites partie des révolutionnaires en bermuda…

Vous démarrez en douceur en soulignant que vous êtes las de chercher le vol le moins cher après avoir passé des heures sur le Net, mais surtout que vous abhorrez la préparation des bagages : entre en emporter trop parce que vous angoissez ou oublier le truc essentiel parce que vous êtes stupide, vous ne savez que choisir. Pour faire oublier ce handicap ridicule, vous enchaînez vite fait avec du plus sérieux. Vous rappelez que les vacances, c’est comme une drogue pour certains et que vous trouvez leur manque de lucidité pitoyable … Vous avez des collègues qui ne pensent qu’à ça toute l’année : 5 malheureuses semaines pour racheter les 47 autres qui semblent un goulag absolu en les écoutant. D’un point de vue arithmétique, vous êtes consterné. C’est l’illustration du pire pour vous : perdre sa vie à la gagner, pour espérer s’allonger sur une serviette, jouer le pigeon à l’autre bout du monde ou refaire la toiture de la grange. Une fois bien échauffé, vous lancez que le tourisme lié à ces fameuses vacances est un fleuve chargé du meilleur comme du pire. Rencontres entre les peuples, mais hordes de buveurs de bières dans les lupanars des Philippines. Trésors du patrimoine sauvegardés par leur fréquentation, mais sites fragiles mis en péril par leur « découverte de masse ». Vous êtes sur une pente savonneuse qui vous conduit tout droit à rappeler que ces transhumances de gnous vers les plages de rêve et les vallées radieuses de tous bords créent une pollution astronomique qui vous donne de l’asthme rien que d’y penser. Et tout ça pour quoi ? Pour faire des photos, dire que vous y êtes déjà allé, qu’on y mange mal, mais que les habitants sont tellement accueillants, qu’on peut faire l’impasse sur le lac de Trucmachin pour se concentrer sur le temple Bidule, etc. La tension monte… Puis, vous sentant l’âme d’un torero, vous portez l’estocade : vous ajoutez que pour vous, les vacances, restent la dernière arnaque solide au service de l’aliénation du peuple : l’ultime opium de la foule abêtie. Une telle insulte aux militants du Front populaire qui ont mis fin au labeur non-stop en inventant les congés payés ne peut rester impunie. Vous étiez bizarre, provocateur, écolo-vindicatif, pseudo-marxiste, vous ne seriez pas finalement réactionnaire ?
Avant de passer le Rubicon de l’opprobre définitive, vous aurez peut-être un doute plein d’humilité : finalement, entre vous et les vacances, n’est-ce pas plutôt une sorte d’amour-haine ? C’est chouette les vacances, mais lorsqu’il faut rentrer, elles vous remettent face à votre condition humaine, au sens du travail et à son éternelle torture constructive… et c’est juste insupportable.

Je vous conseille de toute façon de faire machine arrière avant l’expulsion au moment du dessert. S’il y a un sacrilège qu’on ne peut pas se permettre dans notre société des loisirs, c’est bien de cracher sur l’idole Vacances, bienfait insurpassable, côté pile de la valeur travail et conquête radieuse du progrès humain. Ne franchissez pas la ligne jaune en vous payant la tête des congés payés !

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8 réflexions sur “Vacances, je vous hais…

  1. Guiphone dit :

    Drôle et criant de vérité … Mais bon finalement tout bien peser c’est décidé ……………………… On part !!!!

  2. Polina dit :

    Il faut faire la part des choses, les vacances n’auraient pas cette saveur si l’on ne travaillait jamais ! Et puis on ferait moins les malins à s’esclaffer contre la tyrannie du congé payé s on y avait pas droit, non ? 🙂

    • Merci Polina…effectivement toute prise de recul provocatrice permet de remettre tout ça au clair. J’espère avoir au moins souligné la place des loisirs dans notre société. Les rentiers qui n’ont pas de vacances au sens classique du terme se retrouvent face à d’autres questions existentielles…

  3. Soyons francs… les vacances c’est surtout bien quand t’as de la thune à claquer, que le soleil brille et que tu as tout le loisir d’en profiter… Je suis en vacances depuis 11 jours : pas un rond, mon appart commence à me gonfler grave; un temps pourri, mon appart commence à gonfler grave les minis… bref… vivement la rentrée !

  4. Excellent ! Et tellement raccord avec cette ambivalence… Est-ce qu’il n’y a pas aussi quelque chose du registre de l’angoisse face à ces longues heures d’oisiveté soudaines auxquelles il faut absolument trouver remplissage ? Mais non, il faut projeter, préparer, animer… coûte que coûte ! Et oui, bien d’accord aussi sur la tournure « vulgaire » que peut prendre chez certains les vacances-défouloir. Il y a un grand fond de vérité dans ce post, je veux dire ce rapport amour-haine avec les vacances. Honnêtement, est-ce que chacun ne ressent pas au fond de lui-même, une petite part de soulagement à reprendre le chemin du boulot ? Les jérémiades de circonstances entre collègues ne sont-elles pas un peu convenues, un petit jeu rituel dont personne n’est vraiment dupe ? Allez, les amis, c’est ma tournée de café, j’ai pris de la monnaie. Alors, quoi de neuf sur le dossier trucmuche, il paraît que ça va être génial !

    • Merci Stéphane. Oui, l’ambivalence toute nuancée qui ne parle pas à tout le monde, je le confirme (et c’était un peu le but provocateur de ce billet…). J’ai aussi bien conscience que la réflexion s’adresse plus directement aux salariés qu’aux travailleurs indépendants, chômeurs et retraités… qui ont une toute autre perception de la « vacance ».

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