iSommeil et il a pas vu passer l’heure fantôme !

Dans la nuit du passage à l’heure d’été, je ne faisais pas de cauchemar à propos de cette heure de sommeil en moins dont on nous rebat les oreilles (oui, on rabat les rétros et on nous rebat les oreilles… vous pouvez vérifier). Je ne l’ai pas vu cette heure en moins, car je dormais. Si j’avais été dans le train, je serais au moins arrivée une heure plus tard… Là, je n’ai même pas raté un rêve. J’ai même une preuve qu’aucune heure  n’a disparu dans un « pffft ».

Cette nuit-là, mon mobile intelligent (oui un smartphone quoi) enregistrait mes ronflements et mes éventuelles apnées du sommeil grâce à l’application iSommeil. Alors si une heure s’était évanouie, ça aurait fait un peu de bruit.

L’apnée je vous le rappelle, n’est pas réservée à ceux qui ont un ami dauphin et des ouïes sur le côté. Certaines personnes font de l’apnée quand Morphée leur chante une berceuse, suffisamment longtemps pour qu’à la longue, ça leur abîme la santé (mauvaise oxygénation, fatigue cardiaque, épuisement anormale dans la journée…).  Et au réveil, le Grand Blanc : ils ne se souviennent de rien.

Grâce à l’application iSommeil, j’enregistre pendant toute la nuit mes ronflements ou mes mouvements et je découvre le graphique le matin sur mon mobile intelligent. En plus, je me suis réveillée avec la musique de mon choix, y compris une des ritournelles de ma musicothèque portable. Je peux même faire dans la journée des tests pour évaluer ma vigilance. Cette petite merveille gratuite sur l’AppStore donne même les adresses des centres du sommeil si jamais la marmotte qui sommeille en vous réclame un docteur.

Un exemple de graphique à découvrir le matin au réveil, avec le croissant. Ce n'est pas le mien... j'ai un peu de pudeur tout de même.

Comment ? Vous pensez que je raconte des histoires à dormir debout ? Il ne vous reste plus qu’à aller sur l’App Store ou sur isommeil.com

A quand l’application pour enregistrer les rêves ? Jamais, je l’espère…

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Poêliter (v.intr.)

Sur le côté droit, vous vous êtes senti mieux mais ça n’a pas duré longtemps. Sur le côté gauche, vous avez cru aux promesses de la nouveauté… mais vous avez vite déchanté. Il n’est pas ici question de la manie électorale de l’alternance, même si cela se passe dans l’isoloir de votre lit. Non, le poêlitage affectionne les heures creuses entre 2 h et 4 h du matin, en pleine insomnie. Le p’tit vélo dans la tête commence à partir en roue libre et votre corps n’est plus qu’un sac de sable bien encombrant qui ne trouve pas la paix. Vous rêvez de cette impression de lourdeur vertigineuse qui annonce l’abandon total dans les bras de Morphée… mais rien à faire. Votre nuit est gâchée par ce réveil incompréhensible et vous voilà parti pour poêliter un bon moment. Poêliter consiste en une hallucination nocturne à répétition : croire qu’en changeant de côté, le sommeil sera de retour. Vous venez de changer de côté, plein d’espoir, mais la déception se pointe au rendez-vous au bout de quelques minutes : des minutes qui ressemblent à des heures de faction inutile devant un abri de jardin où il n’y a rien à voler. Poêlé avec précaution comme des pommes de terre sarladaises, votre corps se languit d’être dévoré par l’ogre du sommeil. Vous pouvez poêliter ainsi longtemps, avant que  l’ultime lâcher prise ne vienne vous cueillir au moment où vous vous y attendez le moins. C’est la grande leçon du sommeil : sans cet abandon total au grand rien qui vous engloutit, rien ne sert de s’efforcer. L’ironie de l’histoire, c’est qu’au réveil, vous ne vous souviendrez même plus du gagnant : côté gauche ou côté droit ? Le sommeil est décidément une grande leçon d’humilité.

La revanche de la gentillesse

Derrière le vilain oxymore de mon titre, c’est le contexte actuel qui s’exprime… En pleine croissance triomphante, le winner avait beau jeu de toiser avec mépris le camp des « gentils ». En pleine crise de civilisation, cachée par la crise tout court, la gentillesse nous refait signe pour réchauffer notre humanité. Si l’homme semble parfois être un loup pour l’homme, il peut aussi faire le choix de dépasser son égoïsme dans les moments… critiques. On a toujours le choix, n’est-ce pas ?

C’est bien cette opportunité d’une révolution douce que j’ai découverte en sirotant l’opus d’Emmanuel Jaffelin, agrégé de philosophie : « Petit éloge de la gentillesse ».

Ce voyage en dehors des balises du cynisme nous offre tout d’abord une étonnante balade étymologique qui commence  dans l’antiquité romaine. A cette époque, le « gentilis » est un noble romain qui fait partie d’un clan. Puis, c’est l’esclave qui est « gentil » car il appartient (c’est le cas de le dire) à une famille noble. Propulsé dans le monde chrétien, le « gentil » désigne ensuite celui qui n’est pas chrétien mais qui peut le devenir… un impie à qui on veut bien tendre la main. C’est le monde médiéval et chrétien qui redécouvrira le sens romain pour mettre à la mode les valeurs chevaleresques du « gentilhomme », qui doit tenir son rang, au service de buts élevés. On sort la Table Ronde et on est prêt à en découdre pour l’honneur. Mais ça ne va pas durer : à la Renaissance, le chevalier commence à s’effacer devant le courtisan. N’offrant rien sans arrière-pensée, ce nouveau gentilhomme travestit volontiers sa lâcheté en courtoisie. Les  manières de la cour finissent par devenir des symboles d’injustice et précipitent l’envie de pendre les aristos à la lanterne. La république met en avant l’égalité entre les hommes et la gentillesse reste plantée là, bousculée par ses errances historiques, sujet de raillerie et témoignage de faiblesse dans le monde du calcul triomphant.

Ce qui m’a particulièrement intéressée dans le reste de ce grand petit livre d’une centaine de pages, ce sont les nuances apportées entre sollicitude, solidarité, gentillesse et altruisme. La gentillesse n’est pas la solidarité, car elle ne repose pas sur une organisation où mon intérêt particulier rejoint l’intérêt général… et où cette entraide organisée, peut me dispenser petit à petit d’être accessoirement gentil ! La gentillesse n’est pas non plus la sollicitude de notre Amélie Poulain, car la gentillesse répond avec le sourire à un besoin manifeste ou une demande exprimée… sans prendre les devants de façon intrusive sur les prétendus besoins de la personne à aider. La gentillesse moderne d’Emmanuel Jaffelin propose en fait une révolution douce au « soft power » démultiplicateur, libérée des morales du devoir, où j’honore autant autrui que moi-même en rendant service.

Un point de désaccord subsiste cependant pour moi : certes la gentillesse doit se garder de l’intrusive  sollicitude, mais une fois de plus, tout n’est-il pas question de seuil et de dosage ? Si nous attendons tous que les autres expriment clairement leur demande d’aide, nous risquons de nous priver de belles surprises : celles que m’offre autrui, en devinant le geste ou la phrase qui me fera du bien. Il y a une version de la gentillesse qui se laisse guider par pure empathie sans attendre un besoin ou une demande manifeste. Il y a la magie de ce qu’on n’attendait même pas…

Si vous sirotez aussi le « Petit éloge de la gentillesse », soyez gentils : dites-moi en commentaire ce que vous en pensez.

>> découvrir le blog de l’auteur Emmanuel Jaffelin

OUFFRANCE, n. fém.

Personne n’est censé ignorer l’expression « Le malheur des uns fait le bonheur des autres ». Pleine de cynisme, cette phrase peut avoir au moins deux acceptions. La plus vile interprétation nous laisserait penser que nous nous  réjouissons systématiquement du tracas de nos semblables, connus de près ou de loin. La deuxième version pointerait plutôt du doigt un état de fait beaucoup plus fréquent : le malheur suffisamment « lointain » a aussi le pouvoir de nous faire voir notre propre situation sous un meilleur jour.
Par exemple, lorsque vous regardez le dernier reportage sur un tsunami, vous êtes susceptible d’avoir trois attitudes simultanées : la compassion (un des sentiments humains les plus nobles), l’envie de secourir d’une façon ou d’une autre (non moins vitale à notre petite vie en société), et l’ouffrance. Vous ne la connaissiez pas sous ce nom-là, mais elle vous aide à vivre tous les jours. D’être là, sain et sauf, vous ressentez une grande ouffrance. Sans le dire à personne, au tréfonds de votre ego, vous poussez quand même un grand ouf de soulagement devant tant de souffrance. Un zéphyr de satisfaction inavouable de ne pas être à la place de ceux qui sont dans la mouise. Un vent de réconfort qui balaie vos petits soucis de rien qui traînent au coin de l’agenda. Une tornade de relativisation puissance 4 pour les grincheux du matin nourris au croissant beurre. Vous l’avez encore échappé belle. Le destin n’était pas au rendez-vous.

L’ouffrance est même un sport national et vous ne le saviez pas ! La grand messe du 20 h est une grande ouffrance-party. Toutes ces mauvaises nouvelles qui ne sont pas toutes pour nous. Toutes ces catastrophes qui nous touchent de loin. Tous ces drames humains que nous avons encore mis à distance. Et si l’ouffrance était indispensable à notre équilibre ?

L’ouffrance dans sa petitesse peut aussi nous rendre un fier service : si nous ne pouvons pas atténuer toutes les souffrances du monde, il faudrait au moins arrêter d’être bêtement négatif pour rien. Oui, mes très chers frères et sœurs, il est toujours temps de rebondir sur cette chance qui est la nôtre, ici et maintenant.

Et vous, vous en avez une petite ou une grande ?

Décidément, j’ai sur mon chemin un abribus qui me sert de Distributeur Automatique de Billets (de billets d’humeur j’entends…). Me voilà partie pour une petite virée à grandes enjambées quand je m’arrête net devant cette petite affiche qui n’a pas tout d’une grande.

Je savais déjà que la vie d’un automobiliste était un dilemme permanent. Il n’est pas seulement accablé par le fisc gargantuesque et la gendarmerie pointilleuse, les pétroliers voraces et les piétons inconscients. Il vit aussi un drame philosophique constant : quand il cherche une place, il voudrait que sa voiture soit plus petite ; quand il part en congés payés avec les épuisettes ou les doudounes, il voudrait qu’elle soit plus grande.

Heureusement, les marchands de voiture l’ont bien compris et essaient de lui faire perdre son latin et les bases de la géométrie,  au profit sans doute d’une nouvelle physique quantique qui met à profit les illusions d’optique.

En des temps anciens, la Renault Clio s’était distinguée avec « Elle a tout d’une grande ». Ça sonnait généreux et on en avait pour notre argent. Avec « La première grande qui a tout d’une petite », la proposition s’inverse en me laissant perplexe. Si ma voiture n’est pas grande parce qu’elle a l’avantage d’être petite, j’assume. Si elle est trop petite pour se faire passer pour une grande, on m’enfume.

Veut-on me vendre une voiture plutôt petite en me faisant croire qu’elle est grande ? Veut-on me dire qu’au prix du centimètre cube, c’est vraiment pas cher ? Veut-on me vanter les mérites d’une fausse grande ? J’en perds les pédales et dans la descente, ça risque de mal finir. Toute décoiffée, je continue mon périple. Je passe au kiosque et au dos de mon magazine, je vois ceci :

Petit à petit, ma nervosité grandit, car un faux paradoxe ne cache pas toujours une vraie idée. Et vous, vous préférez les grandes voitures petites ou les petites voitures plutôt grandes ?