« Déshabillez-mots » invente le strip-dico.

Les mots ont une âme et des choses à dire. Avec le talent, ils peuvent même prendre chair : c’est ce que nous prouvent Léonore Chaix et Flor Lurienne, les auteurs et interprètes de la pièce « Déshabillez-mots » à l’affiche du Studio des Champs-Elysées  jusqu’au 1er juillet.  Comme je ne sais pas résister à la fantaisie lexicale, je suis donc allée déguster moi aussi mon « Déshabillez-mots » : je vous invite à faire de même avant qu’il ne soit trop tard (avant le 1er juillet donc !).

D’abord sous la forme de chroniques radiophoniques, la pièce a joué les prolongations avant de rebondir pourquoi pas dans quelque temps sur le petit écran.

C’est quoi le principe? C’est quoi l’idée ? Les deux actrices piquantes incarnent littéralement et à tour de rôle des mots triés sur le volet. Lors de sketchs- interviews, ces mots-personnages vont pouvoir s’exprimer en toute sincérité  sur ce qui fait leur succès ou leurs déboires, sur les malentendus dont ils souffrent, sur leur sens caché ou suggéré…  De « procrastination » à « paresse » en passant par le duo des confondus « ennuyant-ennuyeux », ça fuse d’intelligence et de malice, ça nous pousse dans les retranchements du glossaire. L’étymologie rencontre la psychologie, le tout ponctué de trouvailles de mise en scène qui soulignent le glamour du strip-texte. J’ai eu un faible pour la « paresse » avachie et pitié de la « pusillanimité » en disgrâce… J’ai adoré les signes de ponctuation. A quand le tome 2 mesdames ? Car j’ai détesté que ça se termine même s’il le fallait bien : tout à une fin, même si on n’a jamais le dernier mot.

> Le site de la pièce

> Le lien pour découvrir leur success story

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Votez pour mon néologisme préféré…

Néologisme n’est pas un mot nouveau…

Je me baladais sur la toile à la recherche de je ne sais quelle araignée. Moment classique d’errance numérique… et là je découvre au détour d’un clic un festival qui existe depuis 2002 : le Festival XYZ du Mot et du Son Nouveau, organisé par Éric Donfu, sociologue et écrivain français qui étudie les transformations de la société contemporaine.

Figurez-vous qu’en novembre 2011, le jury a rendu son verdict en désignant comme néologisme de l’année le mot « attachiante ». Ce mot-valise, vous l’aurez peut-être deviné, désigne une personne difficile à vivre mais dont on ne peut pas se passer pour autant. En 2010, c’est le malicieux « phonard » qui l’avait emporté, en désignant la personne qui utilise son téléphone à outrance.

Alors là, vous me voyez venir avec mes gros doigts sur la clavier… J’aimerais bien proposer une de mes créations aux suffrages de ce digne festival. Vous en avez un échantillon dans la rubrique de ce blog appelée « Les néologismes d’@Hemmapil ». Dites-moi celui que vous préférez (en commentaire, sur Twitter ou par mail), dites-moi celui qui a l’étoffe d’un lauréat ou celui qui a fait tilt à vos yeux… Allez, ne soyez pas timides et je tiendrai compte de vos avis pour sélectionner la bête de concours.

Merci à vous, chers voustombezpilistes.

Résultat du 23 novembre 2012… Le lauréat est « watture » pour désigner comme il se doit la voiture électrique >> voir l’article du blog. Je me suis également aperçue que je n’avais pas la bonne adresse email pour y participer… arghhh ce sera pour l’année prochaine.

M’sieur Bradbury, je suis une femme-livre…

Vendredi 8 juin à 17 h 15. J’ai rendez-vous à La Bibliothèque Villon de Rouen. Je ne viens pas consulter un livre rare dans la réserve. Non, je suis devenue le passage d’un livre et je m’apprête à le réciter devant la caméra de Ingrid Gogny.

Son idée ? Proposer aux lecteurs rouennais d’apprendre un paragraphe, un chapitre et de devenir ainsi un « homme-livre » le temps du tournage. Elle fait bien sûr référence au livre-culte de la SF, écrit par Ray Bradbury (qui nous a quittés la semaine dernière) et adapté au cinéma par François Truffaut : Fahrenheit 451. Je vous rafraîchis la mémoire : l’auteur met en scène une société totalitaire où les livres sont interdits, brûlés et « remplacés » par des écrans déversant les images contrôlées par une seule source gouvernementale… Des rebelles décident néanmoins de sauver ce patrimoine en apprenant des livres par cœur et en les transmettant oralement.

Même si nous ne nous sentons pas menacés à brève échéance par une telle dictature, le projet de Ingrid Gogny pose la question de l’omniprésence des écrans et du développement de nos prothèses technologiques qui se substituent de plus en plus à notre  mémoire. Pensons-nous davantage et mieux depuis que nous pouvons nous reposer sur les ordinateurs et les smartphones pour libérer de l’espace-mémoire dans nos cerveaux ? Bonne question…

J’ai pour ma part choisi d’apprendre un extrait des « Propos sur le bonheur » du philosophe Alain. Ce texte, je l’ai choisi parce qu’il nous rappelle avec un exemple tout simple que nous pouvons être les maîtres de notre humeur, modifier notre perception et choisir de voir la bouteille à moitié pleine. Terriblement utile actuellement et d’une sagesse troublante. Alain doit apprécier que je choisisse son propos « Sous la pluie », car juste avant mon arrivée à la bibliothèque, il m’envoie une petite ondée, comme pour me rappeler qu’il faut avant tout mettre en pratique ses conseils…

Me voilà. Un accueil qui met à l’aise. Le tournage va avoir lieu tout simplement devant une des tables de la bibliothèque. Un peu plus loin, des étudiants studieux font semblant de rien. On sent un émerveillement inattendu de la réalisatrice devant ces gens qui viennent se prêter au jeu, comme les grimoires vivants d’un nouveau genre. On me pose le micro-cravate d’une façon indétectable… et me voilà face à mes responsabilités : regarder la lentille d’une caméra et faire comme si je savais depuis toujours ce petit texte de 21 lignes. Plusieurs prises sont prévues et permettront un montage inspiré… ouf ! Je me rends compte qu’il faut faire abstraction de tout et surtout de l’incongru de la situation pour s’immerger dans le texte. A la fin, le dialogue s’engage sur « pourquoi ce texte ? » puis sur l’originalité du projet. Je repars ensuite plus légère : j’ai accompli ma mission ; j’ai déposé les lignes dans la caméra.

J’ai simplement hâte d’être le 14 décembre pour assister à la projection de ce film-livre ouvert, compilation de tous ces fragments de lecture habités.  Il faudra combattre le narcissisme qui me gênera aux entournures et qui consistera à guetter un peu gênée mon propre visage sur l’image.

Et vous, si vous étiez la couverture d’un livre, lequel serait-il ?

>Le lien vers le site des Bibliothèques de Rouen qui présente le projet

DOUQUIN (n.masc.)

Non, le douquin n’est pas un homme roux tout doux. Un douquin, c’est en fait un bouquin qui nous sert de doudou. Un bon douquin vous a consolé dans la tourmente ou vous a sorti la tête du fossé dans un moment de rude déprime. Un roman ou un petit bréviaire qui vous a fait du bien comme une tartine de beurre avec du chocolat dessus près du feu. Un Livre qu’on garde précieusement, car on aime le relire en cachette sous la couette ou bien au contraire le conseiller à tout le monde sur Face de Bouquetin. Bien sûr, il peut maintenant être en format numérique… mais avouons qu’un bon vieux codex en feuilles de pâte à bois, ça prend mieux la patine du temps et les odeurs de bibliothèque. C’est un peu corné comme il faut, avec des passages soulignés, des traces de larme et des éclaboussures de thé Earl Grey. Ça peut même se déplumer comme un doudou trop passé à la machine, trop tortillé entre la joue et la menotte. Un vrai douquin quoi.

Interrogez-vous sur vos douquins (oui on peut pousser la gourmandise jusqu’à en avoir plusieurs). Interrogez aussi vos amis sur leurs douquins rien qu’à eux.  On en apprend énormément sur la personne à travers ses doudous livresques : cela devrait être une question supplémentaire du portrait chinois. Petite précision indispensable : le douquin ne s’apparente pas nécessairement au livre « préféré », car il est plus intime que cela et ne sert pas à étaler votre éclatante culture littéraire comme de la bonne gelée de groseille.

Alors, petites souris de bibliothèques, douquinez un peu en paix, avant de repartir au dehors dans un monde qui fait souffler le blizzard sur nos anciennes certitudes.

Le paradoxe de la moderne solitude

A travers un sondage datant de mai dernier, le journal Le Monde nous révèle comme ça, sans ménagement, que « près d’un jeune adulte sur deux se sent seul ». La larme à l’œil, je m’enfouis dans l’article pour étancher ma curiosité malsaine. Et là je découvre aussi ceci :

« En moyenne, les jeunes sondés disent avoir 7 amis, dont 4 à 5 sur lesquels ils peuvent « compter ». Sur Facebook, les jeunes disent avoir 178 amis mais ne communiquer qu’avec 12 % d’entre eux. 55 % des jeunes considèrent d’ailleurs qu’Internet « favorise la solitude ».

C’est pas plutôt le tricot qui favorise la solitude ?

Vous me voyez plongée dans un abîme de perplexité. Nous voilà dans une société où la parole s’est libérée et la mobilité accrue… alors que pendant des siècles le village et ses cancans pouvaient servir d’horizon à toute une courte vie. Nous voilà dans un monde où le moindre collégien troue ses poches avec un mobile…quand les ados des générations précédentes quémandaient pour accéder 5 minutes le soir au téléphone fixe de la maison. Nous voilà dans un monde où tous les savoirs, toutes les rencontres et tous les centres d’intérêt sont à portée de clavier dans un gazouillis numérique sans précédent… alors que Marco Polo a dû aller en Chine pour découvrir les nouilles.

C’est ce que je pourrais appeler le « paradoxe du trop fort potentiel ».

C’est lui qui crée dans notre société de consommation le vertige de l’hyper-choix qui tue le désir. C’est lui qui pousse l’étudiante amourachée à penser que l’homme idéal ne peut pas être celui qu’elle vient de rencontrer au cours de Lettres Modernes, vu le potentiel  qu’il y a sur les sites de rencontres qu’elle n’a pas encore essayés. C’est le « paradoxe du trop fort potentiel » qui fait penser à ce lycéen que quand certains ont 18 000 amis sur la toile, il ne peut pas se contenter d’une poignée de potes depuis le collège. C’est lui qui crée l’angoisse que je ressens régulièrement face à tous ces livres passionnants que je n’aurai pas le temps de lire, tous ces festivals de musique où je n’ai pas le temps d’aller, tous ces sites internet merveilleux que je n’ai pas encore découverts… Je n’aurai pas assez d’une vie pour tout découvrir et tout apprendre, et cela me rend parfois mélancolique. Le numérique met le monde à notre porte en permanence, mais nous ramène en même temps à notre finitude et nos triviales limites quotidiennes. Nous jugeons notre situation à l’aune d’un potentiel imaginé et c’est le moteur de notre insatisfaction.

Enfin, malgré toutes les possibilités offertes par le progrès technologique, le nombre de relations humaines qui comptent le plus pour nous reste encore paradoxalement limité. Une amitié qui compte se crée dans la durée avec une vraie personne et pas seulement avec un pseudo et une photo sur un profil. Humain, trop humain… Un jour, le personnage que nous nous créons à travers les réseaux sociaux ne fait que nous renvoyer à ce que nous sommes vraiment…  Rien de tel que de lever la tête de l’écran pour « tâter du vrai gens ». Oui, contre cette moderne solitude, les contacts démultipliés qu’Internet nous permet ne doivent surtout pas nous éloigner des échanges en 3D de la vraie vie. C’est donc là que je vous abandonne, car j’ai un bien sympathique rendez-vous 😉

>A lire aussi, les résultats d’une autre étude sur vraie vie sociale et vie en ligne : je clique