Factfulness ou l’autre guerre du faux

Factfulness, Hans Rosling, Flammarion, raisonner à partir des faitsOn parle beaucoup de la propagation inquiétante des fausses nouvelles, boostées aux amphétamines des réseaux sociaux. On parle moins de la survie de nos a priori dépassés sur le monde dans lequel nous vivons. C’est là où Factfulness, le livre de Hans Rosling, médecin et professeur de santé publique suédois, fait office d’écarteur de paupières pour les autruches que nous sommes malgré nous. Bill Gates a rangé son livre parmi « les plus importants qu’il ait jamais lu ». Effectivement, lecture passionnante et dérangeante, car prendre des décisions fondées sur des faits plutôt que sur des opinions n’a jamais paru aussi important. En route pour la « factualité »…

Hans Rosling, le médecin statisticien…

Notre homme a été médecin, conseiller pour l’OMS et l’UNICEF, ainsi qu’un des initiateurs de l’ONG Médecins sans Frontières en Suède. Il a également été statisticien et à l’origine d’un outil logiciel de visualisation des données utilisé dans des conférences TED très remarquées. Convaincu de l’effet dévastateur des idées fausses sur la marche du monde, il participe aussi à la création de la fondation Gapminder, non pas un énième « think tank » mais plutôt un « fact tank » pour mettre en scène et diffuser les statistiques produites par les grands organismes internationaux, mais étonnamment peu vulgarisées par les grands médias.

Tous des cancres… ridiculisés par les chimpanzés.

Vous pensez encore que le monde se divise entre pays développés ultra-riches et pays en voie de développement ? Vieux reste de vos cours de géo… Les chiffres sont contrariants, car la majorité du monde se trouve aujourd’hui entre les deux en termes de niveau de vie. Vous surestimez la mortalité infantile ? Les chimpanzés qui répondent au hasard ont un meilleur score au quiz de Hans Rosling que la plupart d’entre nous. Et ce ne sont que deux petits exemples. Même l’élite du monde économique réunie à Davos en janvier 2015 a été battue par les primates sur l’augmentation de la population mondiale et la vaccination des enfants dans le monde… Lire la suite « Factfulness ou l’autre guerre du faux »

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Blague à part et références communes

Boursorama Banque affiche campagne février 2019 la banque la moins chaire Boursorama Banque vient de lancer une campagne avec un budget d’achat d’art très réduit. L’épure graphique comme on dit. Le jeu typographique sur fond blanc suffit à délivrer un message des plus simples : « Nous sommes encore classés au top des banques les moins chères. Mais attention, on n’est pas que les moins chers. On est aussi des petits malins.» Une affiche a particulièrement titillé ma rétine : celle où la bravoure d’une faute d’orthographe volontaire tacle gentiment le destinataire pour l’inciter à être aussi pointu en analyse de frais bancaires qu’en orthographe.

Découpage en trois tranches de la cible

Les passants qui ont croisé l’affiche se répartissent sûrement en trois groupes.

  • Ceux qui ont vu la faute, mais qui sont du genre un peu bougon, avec myopie aggravée ou paresse avérée sur les petits caractères. Résultat : ils n’ont pas été en mesure de lire la morale de l’histoire, écrite en plus petit juste après. Alors ils ont sûrement pesté : « Non, mais franchement, c’est la fin des topinambours si on se permet des fautes pareilles sur les affiches. Il faut vraiment que Jean-Michel Blanquer mette le paquet sur la langue française. »
  • Ceux qui n’ont pas vu ni la faute, ni la phrase en dessous, mais qui, comme la vie est injuste, risquent d’avoir tout de même capté l’essentiel : Boursorama, c’est les moins chaires/chers. Simple, binaire, pas besoin d’avoir un score de 920 au Certificat Voltaire pour croire tout ce qu’on vous dit.
  • Ceux qui ont vu la faute, ont été intrigués et ont lu la suite. L’élite intellectuelle qui peut frimer en savourant un jeu de mot orthographique ? Un petit jeu relationnel très judicieux en tout cas puisque les neurosciences semblent établir que l’effort intellectuel récompensé par un clin d’œil favorise la mémorisation du message.

Savourons donc ensemble ce plaisir de snob intello pendant qu’il en est encore temps. Qui sait ? Bientôt les jeux de mots orthographiques seront à manier avec des pincettes à sucre en levant le petit doigt. En effet, si de moins en moins de gens voient la faute, il n’y a plus de jeu de mot… et fin de la partie.

Une bonne correction, c’est tout ce qu’on mérite.

Si vous travaillez dans la communication, vous savez peut-être que les correcteurs et secrétaires de rédaction vont d’ailleurs redevenir indispensables. Ils tiennent leur revanche : des supports de presse écrite qui pensaient s’en passer pour faire des économies les ont finalement rappelés pour pallier les lacunes des nouvelles recrues. CQFD avec les articles de certains médias en ligne qui balancent le verbiage aussi vite que leur ombre sans avoir bien relu. Ou avec les pauvres stagiaires des chaines d’info en continu qui nous font bien rire jaune en s’emmêlant les touches en direct pour rédiger les bandeaux en bas de l’écran. Mais, mais, mais…  le péril orthographique ne cacherait-il pas une autre forêt ?
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« Que faire des cons ? » Vaste programme…

Que faire des cons ? Maxime Rovere Flammarion« Que faire des cons ? » Un bien joli titre choisi pour son nouveau livre par Maxime Rovere, spécialiste de Spinoza… et très habilement sous-titré « pour ne pas en rester un soi-même. » Point de guide pratique en 10 leçons pour en finir avec le tonneau des Danaïdes de la connerie humaine. Le propos est bien moins démagogue et le voyage intellectuel qui nous attend bien plus vertigineux et déroutant, car manifestement, avec les cons, nous nous trompons souvent de diagnostic et de stratégie…

Emportés par la foule chute ?

L’idée du sujet a été donnée à l’auteur par une colocation difficile… mais nous n’en saurons pas beaucoup plus. N’y tenant plus, cherchant la catharsis, Maxime Rovere a manifestement choisi d’affronter le problème en brave philosophe. Il s’est alors vite aperçu que le sujet avait été très peu traité dans sa discipline. De peur de quitter les hautes sphères de la réflexion conceptuelle ? Peut-être… Un des constats majeurs de Maxime Rovere dans « Que faire des cons ? », c’est que la connerie a le don de nous faire perdre notre capacité à réfléchir. La colère et le mépris qui nous saisissent face à elle rendent impossible toute contre-attaque « efficace ». Les cons et les connes ont un vrai don pour nous entraîner dans leur chute. Chute évidemment, car nous nous sentons toujours supérieurs à eux. Une « supériorité » tout en paradoxes, puisqu’il n’est pas rare que nous soulignions plutôt sans le savoir notre impuissance : en convoquant une morale surplombante (est-elle au moins partagée ?) ou en appelant à une loi protectrice (comme si l’État pouvait se substituer à chaque citoyen face à chaque con fini).

La connerie défie l’intelligence

La grande force de l’approche de Maxime Rovere, c’est de nous faire réaliser qu’il y a Lire la suite « « Que faire des cons ? » Vaste programme… »

La revanche de l’infusion est pour bientôt

infusion Eléphant, tisane, inventer l'eau chaudeEau chaude, tisane, infusion ou pisse-mémé… la boisson aux plantes enchante l’hiver de ceux qui ne boivent pas que du café. Tilleul pour les stressés, romarin-girofle-cannelle pour les soucieux de leur système immunitaire… : il y en a pour tous les goûts et tous les bibis. Ceux qui font un rictus de dédain devant ces breuvages de mauviettes feraient bien de s’entraîner et de planter des herbes sur leur balcon, car des chercheurs britanniques se font bien du souci pour les caféiers d’ici 2080, essentiellement à cause du dérèglement climatique. D’ici là, George Clooney et ses capsules nous auront sans doute quittés… et les derniers grains torréfiés se dealeront Place Vendôme. Sortez les mugs et les bouilloires. Ça va chauffer. Lire la suite « La revanche de l’infusion est pour bientôt »