Algorithm’n’blues

TSF Jazz, publicité, robot, algorithme, It's a human thing

Quand vous êtes d’humeur chagrine le lundi matin, il vous arrive de vous demander entre collègues et entre deux cafés si vous serez bientôt remplacés par des robots ? Voilà une inquiétude bien légitime face à la surenchère technologique des prodiges de l’intelligence artificielle. Notre monde pourrait basculer dans un cauchemar de science-fiction ou au contraire inventer un nouvel âge d’or du farniente.

Algorithme ? Est-ce que j’ai une gueule d’algorithme ?

Heureusement, même les plus pessimistes s’accordent pour dire que la créativité pure et les métiers du soin seront encore pendant quelque temps l’apanage de l’être humain. Comme pour nous rassurer en musique, TSF Jazz a choisi de souligner que le jazz en est l’illustration : une échappée constamment réinventée, entre improvisation et standards, qui ne répond à aucun programme et préfère toute la gamme des émotions à l’alignement des 0 et des 1. Nous voilà donc ravi.e.s de voir notre apprenti cyber-trompettiste totalement dépité. C’est bien joué tout ça, mais vos doutes sur ce qui nous rend irremplaçables ne s’en vont pas ?

Descartes avait tiré les choses au clair…

Néanmoins, si des intelligences artificielles peuvent désormais composer de la musique (oui, oui), il n’est pas inutile de revenir avec Descartes sur ce qui nous distingue au final de la machine et de l’animal. Être humain, c’est ne pas pouvoir compter sur les schémas très encadrés de l’instinct animal. Être humain, c’est ne pas pouvoir fonctionner selon un programme préétabli comme un machine. Être humain, c’est donc se confronter au tâtonnement, à l’échec et… à la terrible liberté de choix. Aujourd’hui, face à tous les assistants numériques et prédictifs qui colonisent notre quotidien en nous profilant, la résistance va peut-être consister à rester encore plus imprévisibles qu’un solo de jazz.

Et puis, avec notre connaissance intime et millénaire de l’échec, qui sait si un jour nous ne serons pas les mieux placés pour venir en aide à des robots déprimés… car incapables d’improviser aussi bien que nous ?

Rebond bonus avec philosophie magazine

La série scandinave Real Humans qui brouille les cartes et nous affole les circuits imprimés.

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Détartrage obligatoire

affiche Fnac septembre 2017, souriez, c'est la rentréeS’il est de bon ton de claironner « Vivement les vacances ! », il est tout aussi logique de souligner l’effort résigné que nous faisons pour reprendre le chemin du labeur. La vérité toute crue, c’est qu’il n’est pas tenable de s’épanouir 5 semaines par an seulement… en passant les 47 autres à gagner de quoi repartir.

Faites un effort, pas la gueule.

Heureusement, la Fnac, grande pourvoyeuse de distractions en tous genres, sait nous remonter le moral dans ces moments difficiles. Puisque nous savons que ce retour à la dure réalité est inéluctable, sourions à la rentrée et à ce que ce nouveau cycle saura nous apporter. Nouveaux défis, nouvelles découvertes, nouveaux succès… : voilà ce qui nous attend et puisque «quand on veut, on peut… », il suffit de sourire un bon coup pour repartir du bon pied. L’image qui nous est présentée souligne qu’il vaut mieux avoir de belles dents et une carnation qui en fasse ressortir la blancheur. Si vous n’avez pas une dentition parfaite à offrir à la vue de vos semblables et si vous trouvez cette pression positive un peu culpabilisante, tentez une autre approche…

Le sourire stoïque, qui ne connaît pas la panique.

Marc-Aurèle, empereur romain et philosophe, nous a livré l’essence de la sagesse stoïcienne dans une vraie astuce de coach. Elle se résume dans une prière : « Donne-moi la force d’accepter ce que je ne peux pas changer, la volonté de changer ce que je peux changer, et la sagesse de savoir distinguer les deux. ». Voilà une distinction qui a changé la vision de nombreux managers et qui peut être utile face aux échecs et réussites à venir. La rentrée est là et vous ne pouvez rien y changer. Si vous vous lamentez sur ce qui n’est pas en votre pouvoir, vous n’avez plus assez de force pour « performer » là où vous le pouvez vraiment.

Sourire en faisant tout cela sera bien sûr un atout auto-persuasif. Si vous n’y arrivez décidément pas, seul Confucius peut vous aider. Avant de créer son cabinet de recrutement, il aurait en effet asséné : « Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie. »

 

Attrape le feu si tu peux.

feux d'artifice Festival d'Art Pyrotechnique Cannes, s'émerveiller ou filmer ?

Photo by Priscilla Du Preez on Unsplash

Il faut que je vous l’avoue : j’adore les feux d’artifice. De sincères émerveillements d’enfant, juchée sur les épaules de mon père, doivent se réveiller en moi quand le ciel s’illumine de la sorte. Le dernier spectacle pyrotechnique auquel j’ai assisté m’a donné du grain à moudre. Il fallait que je le partage avec vous, avant vos éventuels feux d’artifice du 15 août….

Écran de fumée

Dans la pénombre ponctuée de réactions d’enfants, grands ou petits, j’étais encadrée par deux vidéastes amateurs sur smartphone. Combattant la crampe et le tremblement microscopique, ils se cramponnaient à la capture de ce ciel changeant dans un petit écran de qualité médiocre. Le plaisir du feu d’artifice est tout entier dans la surprise de ce qui vient après, dans la fugacité de l’effet lumineux, dans le moment partagé avec des inconnus à la même inclinaison cervicale. Malgré tout, ces êtres pathétiques voulaient retenir un spectacle qui n’était plus que le fantôme de lui-même une fois emprisonné dans leur écran. Je le constatais bien en leur jetant un œil, entre deux panaches de poudre : mes deux inconnus aux bras ankylosés ne pouvaient pas être à la fois dans la magie enfantine du feu d’artifice et dans la surveillance de leur capture. À la fin, ils finirent simplement par comparer la médiocrité de leurs images, chapardées au temps qui fuit.

Les « viveurs » et les « reporters » sont dans un bateau

Nous y sommes, chers compatriotes 3.0 : il faut choisir. Plonger dans une réalité insaisissable pour la vivre totalement dans l’instant sans espoir de la retenir OU devenir le spectateur-transmetteur d’un morceau de vie à capturer, quitte à le vivre à moitié sur le moment. Question de distance ? Question de priorité ?

Certains affirment qu’on perd sa vie à la gagner. Et si un nouveau paradoxe nous enseignait qu’on peut aussi perdre sa vie à force de vouloir la retenir sous forme de mégaoctets ? À moins qu’un génie de la technologie nous donne prochainement le moyen de capturer toutes sensations confondues les meilleurs moments de notre vie pour les revivre ensuite, vraiment et totalement, allongés dans notre caisson virtuel. Pour l’instant, continuez à observer béatement le roulis des vagues en vous demandant si elles sont toutes un peu différentes…

« J’Y ÉTAIS. »
La capture officielle du Festival d’Art Pyrotechnique le 29 juillet 2017 à Cannes 
:

Un coyote pour chacun, tous pour mon coyote.

avertisseur Coyote, affiche juillet 2017, radars, légalité, HobbesVous larguez la routine pour la route des vacances ? Dans ce monde automobilistique très balisé, la technologie vous permet quand même de déjouer d’indésirables pièges. Une technologie que la campagne de l’avertisseur Coyote a choisi de cacher derrière son animal totem. Même si vous pensez disposer d’un ange gardien, ce coyote est assurément l’animal embarqué le plus utile pour signaler les radars…

Bienvenue dans la « meute ».

Cet outil… pardon, ce rusé compagnon à poil brillant, indique en réalité les « zones dangereuses », car il est illégal d’indiquer l’emplacement exact d’un radar. En accédant à cette technologie, le conducteur solitaire rejoint néanmoins avec intérêt une communauté d’utilisateurs connectés, appelée… « meute ». Chaque conducteur se connectant à cette intelligence collective pour signaler la présence d’un « danger », c’est même toute la « meute » qui veille sur chaque conducteur… et non un seul coyote. Que de sollicitude. On peut alors s’interroger sur ce regard vert un brin menaçant au centre de l’affiche : en guise de protecteur bienveillant, ne suis-je pas plutôt face à une espèce de Leviathan omniscient et scrutateur ? Paradoxal…

C’est là où Hobbes sort de sa tanière.

Au XVIIe S., l’anglais Hobbes marqua la philosophie en considérant que la prétendue sociabilité de l’être humain s’était simplement installée à cause de sa crainte de la mort violente dans un chaos sans foi, ni lois. Abdiquer sa sauvage liberté contre une entrave juridique protectrice, ce serait le vrai deal de la vie en société. Au XXIè S., on ne voit plus les choses avec le même écran : l’homme n’est pas un loup pour l’homme, mais chaque conducteur est un coyote pour chaque conducteur… de façon à s’affranchir autant que possible des limitations désagréables de l’État. Serait-ce le nouveau filon de l’économie collaborative, même s’il faut pour cela rester connecté sous des regards plus ou moins inquisiteurs ?

En attendant la réponse, précisons que le coyote à poils ne pouvant atteindre qu’une vitesse de 60 km/h, nous espérons que vous rejoindrez votre lieu de villégiature un peu plus rapidement…

REBONDS

Oups, révisons notre Hobbes

Et hop, ouvrons le capot du Coyote

L’intelligence artificielle, on peut en mettre partout.

intelligence artificielle, publicité, Randstad, TSF Jazz

L’intelligence artificielle, elle entre dans nos vies et donc dans la pub…

À cette heure bien tardive, il fait encore 30° C à l’extérieur, fin juin, au Nord de la Seine. Mes circuits sont un peu en surchauffe et je me demande si je ne résisterais pas mieux à tout cela une fois transformée en androïde, avec climatiseur 3.0 intégré. Nous sommes humains, trop humains et particulièrement sensibles à notre environnement. Nous en prenons cruellement conscience alors que le XXIe S. voit émerger toutes sortes d’assistants informatiques, d’applications bienveillantes et d’objets connectés et surdoués… tant qu’ils sont alimentés en énergie électrique. Emploi, santé, éthique, défense… : l’intelligence artificielle s’invite dans la plupart des débats. L’algorithme et le robot émergent donc aussi dans l’imaginaire publicitaire. Terminator ou C3PO ? Peut-être rien de tout ça… ou les deux à la fois. Pour nous y retrouver, j’ai semé des cailloux-liens dans le texte qui suit…

Vous avez dit « intelligence » ? Comme c’est artificiel…

Elles calculent bien plus vite que nous, modélisent à merveille, supprimeront à terme tous les emplois de comptables ou de taxis. Ce sont les intelligences artificielles (IA). Oui, artificielles, car nous les avons créées de toutes pièces, en inventant les mathématiques puis l’informatique. Mais, n’est-il pas primordial à ce stade d’interroger ce qu’on entend exactement par « intelligence(s) » : la naturelle et l’artificielle. Une définition indispensable avant de cerner les frontières entre ce que nous pouvons déléguer aux IA et ce que l’on peut encore espérer conserver, nous les vrais humains, comme chasse gardée. Je vous conseille donc en préambule de vous plonger dans ce tour du propriétaire de l’intelligence tout court, signé Yann Gourvennec : caillou-lien.

Techno-béat ou techno-cassandre ?

C’était un bon début avant de rappeler que des esprits brillants ont déjà émis des doutes sérieux sur le danger du développement naïf d’intelligences artificielles. C’est l’avis de Stephen Hawking ou même de Bill Gates : caillou-lien. C’est vrai cela : elles pourraient finir par comprendre que la Terre se porterait beaucoup mieux sans les humains et par faire sauter les pauvres verrous de sécurité que ces derniers leur ont collés.

A contrario, les transhumanistes de la Silicon Valley s’imaginent déjà vivre éternellement grâce à leur pacte faustien avec les biotechnologies et l’IA. On appelle même ça la singularité et de richissimes humains seraient bien sûr prêts à en être. Mais comme d’habitude, entre l’angoisse et l’utopie, la vérité est peut-être ailleurs : en tout cas, c’est ce que nous expliquait récemment Jean-Gabriel Ganascia, professeur d’informatique et expert IA : caillou-lien.

Mouliner de la data, c’est pour vous les IA…

algorithme et recrutement Randstad intelligence artificielleQuels que soient les futurs effets secondaires de l’IA, on s’accorde, pour l’instant, sur le partage des tâches entre nous et elle. La campagne de la société d’intérim Randstad illustre bien la banalisation de la puissance de l’algorithme et de ce terme très technique qui rentre désormais dans le langage courant. L’intelligence artificielle est en train de rafler la mise lorsqu’il faut chercher une aiguille dans une boîte de foin : trouver quasi-instantanément l’info sur Internet, faire coïncider le profil de candidat et le poste ad hoc, trouver le bon itinéraire plus vite que tout le monde… analyser en somme une quantité de critères et de datas en un temps record pour répondre à un objectif précis. Comme je l’évoquais dans un billet précédent à propos de l’appli Jobijoba, le recrutement s’est déjà emparé de la puissance algorithmique… et ce sera peut-être un jour une bonne nouvelle pour faciliter le retour à l’emploi.

Son autre destin à l’intelligence artificielle, c’est de pister tous les signaux prédictifs et de faire du profilage pour détecter des événements à éviter… y compris les suicides : caillou-lien. Si cela vous rappelle Minority Report, c’est que vous avez décidément trop de culture. On touche bien sûr là du doigt une des pierres d’achoppement éthiques du Meilleur des Mondes sous intelligence artificielle. Mais ce n’est pas la seule. Les nouvelles générations d’intelligence artificielle sont capables d’apprendre par elles-mêmes pour progresser dans la pertinence du service rendu : c’est ce qu’on appelle le Machine Learning, et encore plus fort le Deep Learning. Apprendre c’est bien mais jusqu’où ? Au point de nous échapper ? Fin 2016, les chercheurs du programme Google Brain découvrent que deux IA ont réussi à créer dans leur coin un algorithme unique pour communiquer sans être comprises des autres intelligences… : caillou-lien.

…faire des trucs imprévisibles, c’est pour les humains.

TSF Jazz Campagne pub 2017 It's a human thingComme l’illustre la publicité TSF Jazz, l’humanité essaie néanmoins de se remonter le moral, en glorifiant des atouts indépassables liés à sa sensibilité et à un fonctionnement aléatoire et mystérieux du cerveau biologique. C’est une bouffée d’espoir narcissique et d’ailleurs les prospectivistes considèrent que les voies d’orientation les plus sûres pour nos bambins (en dehors de l’ingénierie informatique) sont celles qui font appel à la créativité artistique ou au relationnel humain pur qui réclame de l’empathie : caillou-lien. Créativité, peut-être. Néanmoins, une agence publicitaire a déjà testé pour Toyota la création publicitaire assistée par intelligence artificielle, pour sortir 1 000 slogans adaptés à 100 cibles différentes : caillou-lien.

De la pub peut-être mais pas touche à la littérature ? Plumitifs imbus de votre verbe, tremblez : d’autres grands voyants de la technologie voient les robots écrire de « vrais livres » dès 2049 : caillou-lien. L’écrivain Antoine Bello nous y a déjà fait croire assez aisément en 2016 dans son roman ADA, dont je conseille vivement la lecture.

Je vous le dis tout net : cela va devenir compliqué. On aura peut-être un label bio du type « 100 % écrit par un auteur humain ». Vous-même, êtes-vous bien sûr que c’est Anne DEBRIENNE en chair et en os qui a écrit ce que vous venez de lire ? Je vous laisse à votre perplexité pour recharger ma batterie et remettre mes circuits imprimés au frais.

REBONDS

Vous pensiez vous rendormir tranquille ? Laurent Alexandre va vous mettre un brin la pression :

Parlez-vous l’esprit d’enfance ?

Esprit d'enfance, Roger-Pol Droit, Odile Jacob

Je vous présente mon véritable ours en peluche. Il n’a pas tout lu.

L’école est bientôt finie, mais l’esprit d’enfance toujours lui survit. Parfois, nous avons même tout intérêt à y puiser pour avancer dans notre vie d’adulte. Mais comment le retrouver ? Dans son tout dernier livre Esprit d’enfance, Roger-Pol Droit nous prend presque par la main pour ouvrir la malle du grenier… À propos de l’enfance, l’Histoire oscille, comme sur une balançoire : d’un côté, la relégation à l’ancienne d’une humanité en devenir qui ne doit pas parler à table ; de l’autre, le culte de l’enfant roi, génialement innocent et surtout « pourri-gâté ». On n’hésite pas non plus à dire que « la vérité sort de la bouche des enfants »… alors que ce dicton contredit d’emblée l’étymologie du mot enfant, qui vient du latin infans et qui veut justement dire « qui ne parle pas, qui n’a pas accès au langage ». On ne sait plus qui croire, je vous le dis.

L’esprit d’enfance n’est pas ce que vous croyez.

Au moins, avec Roger-Pol Droit, on déchire les belles images pour partir à la découverte de quelque chose de bien moins cliché et qui concerne tout autant les adultes. Pas de puérilité, ni d’enfantillage. Il est ici question de s’entraîner à replonger dans nos souvenirs et notre part enfouie d’enfance pour y retrouver cette distance étonnée qui nous rend plus vivants, de 7 à 107 ans. Oui, compte tenu de l’allongement de l’espérance de vie, il serait temps de remettre à jour certaines expressions… Lire la suite

Franchement trop ou juste pas assez ?

inOUI SNCFLes inégalités se creusent et nous vivons des périodes très contrastées. Cela doit être également vrai au pays des slogans. Mon cerveau disponible a été récemment confronté à des propositions diamétralement opposées en matière d’ambition publicitaire. D’un côté, je tombe sur l’affiche Coca-Cola du moment qui me dit « mini can, mini kif » et de l’autre, je ne peux passer à côté de la polémique qui raille (ah ah ah on ne se refait pas), qui raille donc le nouveau nom du service TGV dans sa version « normal + » (si j’ai bien compris) : inOUI. Prenons le train de la discorde un verre de rien à la main…

« Mini can, mini kif »… bref, elle n’en fait pas des tonnes.

Donc, à ma gauche, une campagne d’affichage pour la mini can de Coca-Cola avec un slogan passé par la moulinette de je ne sais combien de comités de direction internationaux au service du soda mondial, pour mettre la barre le plus bas possible : « mini can, mini kif ». Mini, c’est mini quoi. Faut pas non plus trop en demander. Tu as compris ou tu reprends un cornet de frites ? L’important, c’est que tu savoures l’instant avec des bulles dedans. J’étais tout aussi caustique que ça quand mon fils de la génération Z 2000 (environ) a pris la défense des responsables marketing de Coca-Cola, en disant que cela renforçait le côté « c’est un petit plaisir comme ça, sans conséquence », que ce n’est pas une grosse promesse à laquelle on ne va pas croire. À son avis, cela aurait été le cas, si on avait choisi par exemple de dire « mini can, maxi kif ». M’a-t-il convaincue ? Je lui concède l’argument de la modestie, mais je ne suis pas d’accord en matière d’impact publicitaire. Cette affiche a surtout été conçue pour parler visuellement dans toutes les langues à la génération Instagram : la mini-canette est à la taille du cœur formé par les doigts des deux personnes. Point barre et love ton soda. Malheureusement, impossible de retrouver une reproduction de l’affiche sur le web : vous m’en voyez fort désolée ! Voilà pour la partie sucrée.

mini can mini kif coca-cola

InOUI ? Bein non…

À ma droite, une drôle d’approche de la SNCF. La marque TGV a été bâtie sur une promesse très forte, très concrète et très technique : le Train à Grande Vitesse, il va vite. Quoi qu’on en dise, on est dans le concret et le fleuron technologique de la France. Pour prendre le train de la modernité, on appela OUIGO l’offre TGV à bas coûts (rien à voir avec Bakou, en jargon marketing, on dit d’ailleurs plutôt « low cost »). Voici donc que son cousin, le service TGV classique s’appellerait désormais inOUI. Oui, oui, oui… Aussitôt, les réseaux sociaux bruissent de moqueries en tous genres, car il faut le savoir, la SNCF n’est pas une marque comme les autres. Le train est encore considéré comme un service public qui m’appartient aussi à moi, en tant que citoyen. Grèves, retards et polémiques sur les tarifs obscurs prêtent régulièrement le flanc de la SNCF à toutes les critiques. Il faut avouer que donner un nom qui veut dire à la fois «sans exemple, incroyable, extraordinaire »  et « qui dépasse la mesure et qui irrite », il fallait aller le chercher quand on se fait tacler toute l’année. On pourra nous opposer qu’il n’y a pas de tréma sur le deuxième i. Néanmoins, c’est bien le sens de ce mot commun qui restera dans l’oreille du plus grand nombre.#inOUI

Alors que Coca-Cola fait profil bas sans saveur, le rail a-t-il réfléchi au ridicule sur-prometteur de son inOui en français ? Vaut-il mieux promettre la Lune au risque d’être traîné dans le caniveau… ou raser la moquette sans casser trois pattes à un canard ? Je vous laisse faire votre propre jurisprudence… mais la communication, la bonne, doit réussir à trouver le juste équilibre entre l’étonnement qui vous extrait de l’indifférence et le parler juste qui saura vous retenir. Compte tenu de notre surexposition médiatique et de la guerre pour l’attention qui fait rage, ce n’est pas près de changer. Ah… On me dit dans l’oreillette que vous aimeriez savoir ce qu’en pense mon fils… C’est inouï comme vous pouvez être curieux, tout de même !

REBONDS

Sur InOUI, l’avis parmi d’autres de Jean-Marc Lehu, enseignant-chercheur en stratégie de marque (Paris I Panthéon Sorbonne)

-Un rappel sur la stratégie de communication Coca-Cola réinitialisée en 2016