Au bonheur des fautes

Muriel Gilbert Au bonheur des fautes orthographe VuibertVous n’imaginez pas à quel point l’exigence lexicale peut vous transformer en Don Quichotte qui se bat contre les moulins à fautes. La médiocrité textuelle pourrait nous terrasser si nous n’y prenons pas garde, nous, les professionnels de l’écrit. Connaissant mon implication dans le « Made in French » à titre professionnel, on m’a offert le livre de Muriel Gilbert « Au bonheur des fautes ». L’auteure est une éminente correctrice qui travaille dans un éminent quotidien : Le Monde. Même Bernard Pivot a un immense respect pour cette dompteuse du subjonctif et a chroniqué son livre dans le Journal du Dimanche

Que vous militiez contre le barbarisme ou que, au contraire, vous ne soyez pas encore réconcilié(e) avec le Bescherelle, je vous le recommande. Rien d’austère ou de prétentieux ne vous attend, car Muriel Gilbert réussit à nous faire sourire à chaque paragraphe. Grâce à elle, on plonge en fait avec amusement dans le quotidien du cassetin (compartiment d’une casse d’imprimerie et nom donné aussi au bureau des correcteurs dans la presse). On apprend une foule de choses sur les bizarreries de la langue française tout en se glissant dans les coulisses du métier de correcteur. On mène l’enquête sur l’accord du participe passé comme dans un polar nordique… et on déguste au fil du livre des apartés joliment appelés « Un bonbon sur la langue ».Muriel Gilbert Au bonheur des fautes Vuibert anagramme

Ce livre réussit donc un cocktail étonnant d’érudition savoureuse, d’anecdotes sur le parcours insolite de l’auteure et d’humour tendre sur le chef-d’œuvre en péril de la correction professionnelle.

De la résignation au mépris, il n’y a… qu’un saut de ligne !

Grâce au livre de Muriel Gilbert, j’ai aussi compris que nous ne devons pas nous résigner à la médiocrité linguistique dans les métiers de la communication et de l’information. Je ne peux en effet plus supporter qu’on me dise « Allez, on s’en fiche : de toute façon, personne ne verra la faute. » J’ai mis du temps à analyser ce qui me gênait dans cette posture faussement cool : en fait, c’est son irrespect fondamental mais non assumé. Un irrespect hypocrite et notoire pour les gens qui nous lisent, car c’est partir du principe qu’ils ne méritent pas notre exigence lexicale minimale et professionnelle. Le niveau baisse ma bonne dame et les gueux ne lisent plus, n’écrivent plus, alors on ne va pas en faire une pendule du fait qu’on écrit « quelque temps » et non pas « quelques temps ».

Jeu de dupe déguisé en discipline démodée… 

Eh oui,  l’application des règles du français, ce n’est pas hype en 2017. Ce qui est tendance, c’est d’être à la pointe de l’innovation, de réinventer les règles et de dire m… à ce qui est bêtement marqué dans un Bled. Seul l’ « orthobashing » sur les réseaux sociaux façon BescherelleTaMère peut éventuellement rendre tendance une exigence qui sent la vieille craie des hussards de la IIIe République. Il faut dire que le faux alibi de l’écriture SMS et la réforme de l’orthographe qui concède lâchement la cohabitation d’une ancienne et d’une nouvelle écriture ne font pas avancer la cause. Comme le rappelait récemment Bernard Pivot dans une interview, rien de mieux pour discréditer insidieusement une discipline que de flouter ainsi ses principes. Accepterait-on qu’en maths, 2 et 2 puissent faire éventuellement 5 ? On a les priorités qu’on veut bien se donner. Mais le laxisme orthographique ne serait pas scandaleusement hypocrite si le respect de ces règles ne servait pas ensuite à trier les lettres de motivation…

Pour finir sur un clin d’œil , il y a quand même un détail qui m’interpelle : Muriel Gilbert aurait-elle eu la fantaisie de laisser traîner une coquille pour titiller notre sagacité ? À la page 121, on peut lire en effet l’expression « de temps un temps ». Cette filouterie non dénuée d’élégance viserait ainsi à nous hisser un instant seulement au niveau d’attention du correcteur émérite, comme si on réussissait pour une fois à soigner son propre médecin… Un bref instant seulement.Muriel Gilbert Au bonheur des fautes Vuibert

REBONDS :

Le blog de Muriel Gilbert

Un petit extrait…Muriel Gilbert Au bonheur des fautes orthographe Vuibert

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Une réflexion sur “Au bonheur des fautes

  1. Erick dit :

    Bref, à lire sans faute ! : )

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