« La Petite Histoire » : anecdotes dans le bon ordre.

La Petite Histoire Didier Chirat LibrioLe saviez-vous ? Il paraît qu’à l’Éducation Nationale, le Dieu Cronos a du mou dans sa flèche. L’enseignement chronologique de l’Histoire serait doucement remplacé par une approche « thématique ». Un inspecteur académique a expliqué à une amie enseignante qu’il ne fallait plus aborder les sujets de façon chronologique, même en Histoire des Arts, car, devinez quoi… la jeune génération n’intègrerait pas cette notion ! Consternation, mon cher Gaston. Colère de mère, mon cher Clotaire. On a dû mettre quelque chose dans les biberons qui leur a bousillé la zone de la chronologie. Donc on se retrouve si j’ai bien compris avec des briques thématiques qui flottent dans le passé… et que les gentils crétins de la génération Z pourront, s’ils ont de la chance, remettre dans l’ordre avec des parents cultivés qui les emmènent au musée ? On va encore dire que je ne fais pas d’effort, alors que c’est pourtant évident. Ils ont du mal avec la chronologie ? On n’a qu’à faire comme s’il n’y en avait plus. Ils ont du mal avec l’orthographe ? Et hop, on dit qu’on s’en fiche… jusqu’à la première lettre de motivation à rédiger pour trouver un job. Quoi encore ? Ils n’arrivent pas à tenir la porte à la personne suivante dans le métro ? Pas grave, on va mettre des portes qui s’ouvrent toutes seules. Ok. Ok. Je me calme. Alors forcément, je dois vous le dire : quand j’ai ouvert le livre de Didier Chirat « LA PETITE HISTOIRE – 20 moments méconnus mais décisifs de l’histoire du monde », j’ai poussé un petit ouf de soulagement. Le premier chapitre qui concerne la défaite de Xerxès 1er, le roi des Perses, est bien placé avant le fantôme d’Ann Boleyn : les chapitres sont classés gentiment… dans le sens de l’Histoire. Lire la suite

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Pouvons-nous tous être créatifs ?

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Quand on me demande ce que je fais dans la vie, je dis parfois « Je fais de mon mieux. »… mais je finis toujours par confier la vérité : je suis « créatif publicitaire ». Pour les interlocuteurs les plus éloignés de ce domaine d’activité, la question surgit rapidement : « Mais vous faites comment pour avoir des idées et être créatif tout le temps, pour ne pas sécher ? » J’explique que, comme pour beaucoup de choses, on fait travailler un muscle de plus en plus entraîné… et on ne s’autorise pas à ne pas trouver. « Pouvons-nous tous être créatifs ? » Bizarrement, je crois que je ne m’étais jamais vraiment posé la question en ces termes. Le philosophe Charles Pépin l’a mise au programme de son cycle Lundi Philo, ce lundi 9 mai de l’an de grâce 2016, au cinéma MK2 Odéon, devant une salle aussi comble que remplie de questions… Vous pensez bien que j’y étais.

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Le voisin a tout… et surtout ce que je désire.

IKEA mai 2016 Ne laissez pas votre place aux autresAvec ce week-end de l’Ascension presque estival, on aurait pu avoir de nouveau l’illusion que le soleil brille pour tout le monde. Comme c’est trompeur. A l’heure où vous cherchez le fauteuil de jardin idéal pour vos pauses impromptues sous le figuier, la marque d’ameublement jaune et bleue est là pour vous le rappeler. Dans un élan ultralibéral à tendance darwinienne, IKEA vous le dit clairement : « y’en n’aura pas pour tout le monde alors, struggle for chair » !

Dans un contexte social un brin tendu, peut-être plus encore que le cannage de ce sacré fauteuil VIKTIGT, on peut y voir au choix : un encouragement à l’individualisme résigné ou un précepte de développement personnel pour aider ceux qui ne bronchent pas quand on leur passe devant chez le boucher. Quand j’ai vu cette première affiche de la série, je me suis dit que bien sûr, pour vendre une édition ultra limitée, il était aisé de jouer à fond la rareté : un boulevard conceptuel avec un clin d’œil entre la notion de « place » et le visuel du fauteuil… et hop on passe au brief suivant. Si on a fait la queue pour chaque nouvelle génération de smartphones de la marque à la pomme, c’est aussi grâce à cet art de la pénurie qui entretient le désir. Oui, je rappelle d’ailleurs aux non-latinistes que « désirer » vient du latin desiderare signifiant regretter l’absence de. Créer du manque perpétuel avec des objets que le voisin risque d’obtenir (et pas moi) est donc le moteur essentiel du marketing et de la consommation.

Mais attention, à peine une heure plus tard, je tombe sur une autre affiche IKEA,  la sœur jumelle survoltée :IKEA mai 2016 Court-circuitez tout le monde pour l'avoirEh eh, il ne s’agit plus de tenir sa place, mais bien de mettre les doigts du voisin dans le 220 V. Chouette ambiance dans les rayons du magasin IKEA…  Le monde décidément se partage en deux camps. D’un côté, les libertariens convaincus qu’il vaut mieux laisser les individus se disputer ce qu’il reste pour créer une saine émulation : il paraît que c’est le vrai moteur du progrès qui surpasse de loin les méfaits de l’intérêt général et de la solidarité dispendieuse. De l’autre, ceux qui commencent à douter de l’issue d’une crise sans fin entretenant habilement la compétition entre citoyens, à douter du retour de la croissance qui se fait désirer comme Godot,  et à douter aussi de l’intérêt du « toujours plus » au détriment du « moins mais mieux »…

Promettez-moi d’y penser lorsque vous vous jetterez sur le dernier VIKTIGT du rayon après avoir plaqué au sol le consommateur aux dents longues qui tentait de vous court-circuiter. À cet instant bien sûr, vous n’aurez pas du tout en tête cette phrase du philosophe Ollivier Pourriol : « Quelle que soit l’époque, une société dont le ressort est l’émulation est une société d’esclaves. » (CinéPhilo – p. 258)

Jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour garder votre place au soleil ? Allez-vous reprendre la place de citoyen que certains souhaitent vous voir abandonner pour occuper uniquement celle de consommateur insatiable ?

REBOND : « Le monde est clos et le désir infini » de Daniel Cohen, économiste

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> Replay à voir : 27 mn avec l’auteur et R. Enthoven (Arte Philosophie)