Délivrez-vous !

Délivrez-vous Paul Vacca

Cellulose imprimée sur bois vitrifié, 2018

Adeptes de la pensée binaire pour/contre ou noir/blanc, passez votre chemin. L’essai de Paul Vacca, Délivrez-vous, sous-titré « Les promesses du livre à l’ère numérique » n’est ni techno-phobe, ni techno-béat. Ce n’est pas un plaidoyer pour une déconnexion devenue impossible. C’est le manifeste qui tombe à pic pour tirer le meilleur parti de ce qui est digital et de ce qui ne l’est justement pas. Le livre papier en est un excellent exemple, ce héros de la résistance, malgré un raz-de-marée sans cesse annoncé de l’e-book… et constamment remis à plus tard. Alors que l’émerveillement numérique des débuts s’estompe, il n’a jamais été aussi libératoire d’ouvrir un livre, de se laisser surprendre par les conseils de son libraire ou de prêter un livre écorné à son meilleur ami… Amis de la pensée en liberté, à vos canapés. Un bijou d’intelligence d’à peine 100 pages vous tend la reliure.

Les dystopies brûlent toujours les livres

Paul Vacca est romancier, essayiste et consultant. Il signe avec brio une chronique hebdomadaire sur les évolutions culturelles liées aux nouvelles technologies dans le magazine belge Trends Tendances. C’est toujours un moment d’analyse salvatrice sur nos nouvelles servitudes volontaires. Dans Délivrez-vous !, publié aux Éditions de l’Observatoire, il nous invite donc avec humour à redécouvrir le pouvoir libérateur et subversif du livre. Ray Bradbury, l’auteur de Fahrenheit 451, reconnaissait qu’il peut exister plusieurs façons de « brûler » les livres. Sans aucune allumette, il suffit de faire en sorte que les gens ne lisent plus, branchés sur un streaming de données et d’images permanent, insidieusement devenus paresseux face à la pensée construite. Pourtant et plus que jamais, le livre brûle toujours d’un feu libérateur qui porte la pensée en dehors des sentiers battus. « Chaque mot, chaque phrase, chaque page arrachée au flux incessant et discordant des données nous libère un peu plus » déclare Paul Vacca. Sa force absolue, c’est de permettre une vraie déconnexion pour mieux nous reconnecter au monde. Comme le renouveau du vinyle ou la survivance des salles de cinéma, le livre se vit au présent en s’extrayant du brouhaha numérique, sans notifications intempestives. Loin d’être obsolète, le livre est une expérience pleine d’avenir qui pourrait (on peut rêver) nous aider à repousser des dystopies troublantes comme 1984, Le Meilleur des mondes ou La Servante écarlate.citation livres Ray Bradbury

On ne met jamais ses livres dans le même panier de Seattle

Dans Délivrez-vous !, on trouvera aussi tous les arguments très justes contre le rouleau compresseur cynique nommé Amazon, dont le livre n’a été qu’un produit d’appel facile à stocker, pour tester un modèle de distribution. On y apprendra que le retournement de tendance est déjà là aux États-Unis avec depuis 2009 la reconquête des centres-villes par les librairies indépendantes. Une renaissance qui a récemment passionné un professeur de Harvard ayant déjà observé la résurrection de l’horlogerie suisse. Pour lui, face aux géants technologiques qui ont opéré une « disruption » de leur marché, les industries traditionnelles se réinventent en réaffirmant leur identité propre, beaucoup mieux qu’en essayant de rattraper les entrants sur leur terrain. Dans Délivrez-vous !, on trouvera toutes les raisons de préférer, quand on le peut, la balade entre les livres dans sa librairie indépendante, comme une saine occasion de sortir de la bulle « Vous aimerez peut-être », car l’enjeu est là : aller sans s’en rendre compte vers de nouvelles rencontres improbables aux confins de la terra incognita incognita.

 L’imprévu vous attend au coin de la rue

Terra incognita incognita ? Oui, oui j’ai fait exprès de taper deux fois le même mot. Ce concept est un petit régal : il s’agit de toutes les choses que nous ignorons sans savoir que nous les ignorons ! Un océan de non-savoir et un immense domaine d’exploration… mais comment fait-on pour chercher sur notre moteur de recherche préféré quelque chose dont on ignore même l’existence ? C’est bien le problème. Il faut être accompagné, et c’est souvent la mission d’un ami ou d’un libraire. C’est l’essence même de la vraie rencontre qui nourrit le désir en nous confrontant miraculeusement à ce qui n’est pas « notre genre ». Improbable, inattendu… et donc irrésistiblement humain.

Je vous le dis : refusez les chaînes et jetez-vous sur Délivrez-vous ! de Paul Vacca. Entre livre et libre, il y a juste une lettre de différence. Cela devrait tous nous mettre sur la voie.

REBOND

>Fahrenheit 451 nous la fait à l’envers avec le collectif Super Terrain :

Fahrenheit 451 Super Terrain

>Le match e-book/livre papier en termes de bilan environnemental dans RSE Magazine

 

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2 réflexions sur “Délivrez-vous !

  1. Magnifique billet qui me conforte que je ne sens pas la naphtaline avec mes projets d’éditeur de presse… papier ! Je partage immédiatement ce post si intelligent sur les réseaux certes, mais avec le secret espoir de pousser tous ceux qui me suivent vers ces héros que sont les libraires indépendants. Au pied de mon immeuble, il en est une dont le nom seul est invitation à déconnecter des écrans, invitation à une bien douce rébellion : « Les Journées suspendues ». Merci Anne ! Vos posts nous manquent un peu, vous savez 😉

    • Merci Stéphane, cela me touche beaucoup. Le papier en liberté vous remercie aussi. C’est vrai que j’ai eu du mal ces derniers temps à faire coïncider disponibilité et inspiration… Vos encouragements sont les bienvenus !

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